vendredi 11 novembre 2011

Etats-Unis - “Réunion illégale”, “conduite inappropriée” : inculpations absurdes de journalistes présents dans les mouvements Occupy Wall Street


Parfois arrêtés et presque aussitôt relâchés. Parfois détenus, libérés mais inculpés pour “réunion illégale”, “conduite inappropriée” ou “défaut d'accréditation”. Les journalistes présents dans les cortèges ou les assemblées du mouvement Occupy Wall Street font non seulement face à de fréquentes brutalités des forces de l'ordre, mais aussi à une sorte de loterie judiciaire à la suite de leur interpellation. La situation varie selon les États et les législations locales, mais n'en signifie pas moins synonyme d'atteinte à la liberté d'informer. Elle vaut autant pour des professionnels des médias que pour des blogueurs ou des militants assurant leur propre couverture des événements.

“Chaque récit, quel que soit le lieu, présente un point commun : dans tous les cas portés à notre connaissance l'intéressé a assuré s'être identifié comme journaliste auprès des forces de l'ordre. En vain. Cette attitude accrédite l'hypothèse qu'au-delà du mouvement lui-même, c'est l'information en soi sur Occupy Wall Street, qui est entravée. S'agit-il de nier à tout prix des nouvelles dont l'intérêt public est aussi évident ? Si tel est le cas, le Premier amendement de la Constitution est vidé de sa substance. L'autre question porte sur la nature des inculpations, parfois maintenues, parfois abandonnées et très variables dans leur définition pour une ‘infraction' a priori identique. Au nom du droit d'informer et d'être informé, consacré par la Constitution, nous demandons aux juridictions concernées de lever toute charge contre des individus menant pacifiquement leur activité”, a déclaré Reporters sans frontières.

Deux cas connus survenus le 2 novembre 2011 concernent la photographe du Milwaukee Journal Sentinel, Kristyna Wentz-Graff (photo) et la journaliste indépendante et dessinatrice Susie Cagle. La première a été arrêtée lors d'une manifestation devant les locaux de l'Université du Wisconsin à Milwaukee, avant d'être libérée sans inculpation. La seconde a subi le même sort à Oakland (Californie) et sa détention a duré près de quatorze heures dans deux prisons. Malgré sa remise en liberté, Susie Cagle reste inculpée de “réunion illégale” (“unlawful assembly”). Elle devra comparaitre au tribunal en décembre.

Toujours à Oakland, au cours des manifestations de la semaine précédente, la police a fait usage de son arme en direction du vidéaste Scott Campbell, 30 ans, dans un moment de confrontation entre forces de l'ordre et protestataires. L'affaire, révélée par la presse locale le 7 novembre a causé l'embarras des autorités, y compris policières, lesquels ont admis un “usage de la force non provoqué et inapproprié”. Le 6 novembre, à Orlando (Floride), onze manifestants du collectif Occupy Orlando ont été arrêtés, dont deux membres de l'équipe média, privant le mouvement de toute diffusion d'images.

A Nashville (Tennessee), le 30 octobre, John Meador, du Nashville Scene Reporter a été arrêté, après avoir présenté son badge de presse à deux reprises, lors d'une manifestation devant le capitole de l'État. Le journaliste est désormais poursuivi pour “franchissement illicite” (“criminal trespass”) et “nuisance publique” (“public intoxication”).

Les premiers journalistes arrêtés lors des grandes manifestations inaugurales de New York connaissent, eux aussi, des sorts judiciaires variables. Détenu pendant huit heures le 24 septembre pour un défaut d'accréditation, John Farley, du magazine MetroFocus, a été relaxé, le 2 novembre, de l'accusation de “conduite désordonnée” (“disorderly conduct”). Tel n'est pas le cas de Natasha Lennard, collaboratrice indépendante du New York Times, et de Kristen Gwynne, du site AlterNet, arrêtées le 1er octobre.

Les « Indignés » après le sommet du G-20

LES RÊVES DES INDIGNÉS Qu'ont en commun les « Indignés », Michael Moore et Noam Chomsky ? Ces trois personnages – très médiatisés – ont un point en commun : ils rêvassent tous les trois. Non seulement ils rêvent mais chacun d'entre eux prend ses rêves pour la réalité, et chacun croit que, s'il rêve assez fort, il parviendra à transformer le monde. Malheureusement, ce monde cruel dans lequel nous souffrons ne changera pas par l'action des « Illuminatis » (...)

mercredi 9 novembre 2011

Taxes sur les semences : la liberté agricole en danger

Depuis 2001, l'industrie semencière française prélève une Contribution Volontaire Obligatoire (CVO) auprès des paysans qui réutilisent leur propre récolte de blé tendre comme semences. Aujourd'hui, alors que la spéculation sur les prix des céréales déclenche une nouvelle crise alimentaire mondiale, l'Union Française des Semenciers (UFS) réclame une augmentation de cette taxe sur les semences de ferme et sa généralisation à toutes les espèces cultivées. Le 9 novembre, (...)

Comprendre et contourner la censure sur Internet (infographie)

Comment faire comprendre au grand public comment fonctionne la censure sur Internet, et quels outils utiliser pour la contourner ? En guise de réponse, le site Hardabud.com nous propose de découvrir cette infographie qui évite d'entrer dans des détails techniques trop complexes, et qui a pour avantage de faire comprendre l'essentiel des méthodes de filtrage et de blocage et les moyens qui peuvent être employés pour les détourner. L'infographie est publiée sous licence Creative Commons By, qui autorise sa reproduction à la seule condition d'en citer l'auteur. [Lire la suite]

UMP piratée : Marland-Militello dénonce les cyber-idéalistes

Il fallait que 3M s'en mêle bien sûr

La députée UMP Muriel Marland-Militello a réagi ce mercredi à la fuite de données personnelles concernant un millier de cadres UMP. L'élue dénonce la béatitude des "cyber-idéalistes" et plaide pour une régulation efficace sur le net afin de protéger les droits et les libertés de chacun. [Lire la suite]

Surveillance du net : un député demande à Claude Guéant de s'expliquer

Le député socialiste Hervé Féron a demandé mardi au ministère de l'intérieur qu'il explique pourquoi le nombre de demandes d'informations sur les internautes adressées à Google a augmenté de près d'un tiers au premier semestre, faisant de la France le 3ème pays au monde le plus demandeur de données personnelles. [Lire la suite]

Origines de la crise (4) : si tu recules je te dérégule…

(comment les maîtres du monde montent d’un cran la déréglementation des échanges et de la finance pour créer The Big Market of The World qui va finir par tout avaler et nous mener là où on en est…)
Attention, restez concentrés, ne lâchez pas l’affaire, même si la décennie 90 dont on va parler est super costaude niveau comprenette, tellement ça bouge dans tous les coins, il faut vraiment se coltiner les délires financiaro-économiques qu’elle a mise en œuvre pour avoir une idée du comment-qu’on-en-est-arrivés-là. Si vous avez bien suivi les épisodes « ouane-tou-fri of the saga », vous savez que les taux de changes sont flottants, que les privatisations vont bon train, que le flouze circule pas mal, que les dettes grossissent et que les pousseurs de chariots d’Europe et des States signent des crédits aussi facilement qu’on siffle un demi à la terrasse d’un bistrot avec Bébert à la sortie du stade. Mais tout ça n’est rien en comparaison de ce qui va arriver à cette époque. C’était un apéro les 70′s et les 80′s, une rigolade côté économie libérale comparée aux 90′s. Bon, on y va, ça va saigner.

Chine - Les leaders de l'Internet chinois collaborent avec le gouvernement pour renforcer le contrôle du Net


Les autorités chinoises ne faiblissent pas dans leur volonté de contrôler le Net. Les dirigeants des entreprises de technologies et télécommunication ont été invités par le Bureau d'Information et d'Internet à se réunir avec les responsables du gouvernement, lors d'une rencontre de trois jours qui s'est achevée le 6 novembre 2011. Les entreprises Sina Corp (qui détient le site de micro-blogging Sina Weibo), Baidu (moteur de recherche) et Tencent (propriétaire du service de messagerie QQ) étaient représentées, parmi une quarantaine de sociétés.


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Robin Li, CEO de Baidu, et Charles Chao, CEO de Sina Corp.


Les leaders du Net chinois se sont engagés à appliquer les directives du gouvernement en matière de surveillance d'Internet. Les entreprises ont promis de lutter contre la pornographie en ligne, la fraude sur Internet et la diffusion de rumeurs et de fausses informations. Une collaboration que Reporters sans frontières déplore, et qui fait de ces entreprises des complices de la cybercensure.

Maio Wei, le Ministre de l'Industrie et des technologies de l'information, a encouragé les entreprises de télécommunications à investir davantage dans la surveillance de leurs utilisateurs.

Le gouvernement chinois semble restreindre toujours plus la libre circulation de l'information. Fin octobre 2011, les informations à propos d'émeutes dans l'est du pays avaient été filtrées, et les recherches sur le bourg de Zhili, lieu des incidents, avaient été bloquées. Les autorités ont également accentué leur contrôle du Net en Mongolie intérieure, suite aux protestations consécutives au décès d'un éleveur mongol le 20 octobre 2011. De nombreux sites mongols avaient appelé à manifester contre les tentatives du gouvernement pour étouffer l'affaire, et plusieurs ont été bloqués dès le 27 octobre 2011, comme Boljoo, Mongolian BBS et Medege.

La Chine fait partie de la liste des Ennemis d'Internet établie par Reporters sans frontières, et est placée 171ème sur 178 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse.



La situation de la liberté d'expression se dégrade encore en Chine

27.10.2011

La Chine persiste dans sa politique liberticide à l'égard des blogueurs, journalistes et activistes, amenant les Etats-Unis à demander, le 19 octobre 2011, des éclaircissements sur les "restrictions à l'Internet en Chine", en violation des règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

La porte-parole de la diplomatie chinoise, Jiang Yu, a opposé une fin de non-recevoir à la requête américaine, déclarant, le 20 octobre dernier : "Nous nous opposons à ce que la liberté sur Internet serve d'excuse pour s'ingérer dans les affaires intérieures d'autres pays". Elle a ajouté : “Le gouvernement chinois encourage et soutient activement Internet et protège la liberté d'expression des citoyens”. Reporters sans frontières déplore la politique obsessionnelle de contrôle du Net et la propagande mensongère des autorités, alors que le nombre d'internautes a atteint les 500 millions et que l'utilisation des microblogs a explosé. L'organisation a recensé de nombreux cas récents qui illustrent l'étendue de la censure et de la répression à l'égard des blogueurs et des activistes en ligne.

Propagande

Le 20 octobre 2011, un éleveur mongol, M. Zorigt, a été écrasé par un camion de transport de pétrole chinois alors qu'il essayait de protéger ses terres, à Huhtolgoi Gachaa, en Mongolie Intérieure. Les autorités ont tenté d'étouffer l'affaire, et de faire passer la mort du berger pour un accident de la route. L'agence de presse officielle Xinhua a notamment publié un article soutenant cette version officielle des faits.

Les net-citoyens de Mongolie intérieure ont lancé un mouvement de protestation. Un appel à manifester circule actuellement sur Internet, en chinois et en mongol, malgré la censure des autorités chinoises. Plusieurs articles sur ce sujet ont “disparu” de la Toile chinoise.

La police locale aurait menacé les membres de la famille de l'éleveur et leur aurait interdit d'évoquer le drame. Toute forme de rassemblement est strictement interdite dans le district d'Uushin. Reporters sans frontières demande aux autorités de laisser les journalistes et blogueurs enquêter sur cette affaire et rendre public les résultats de leurs recherches.

Cinq mois plus tôt, de nombreuses manifestations avaient eu lieu dans le Sud de la Mongolie pour dénoncer la mort de M. Mergen, un autre éleveur tué dans des circonstances similaires. Plusieurs éleveurs ont été battus ou agressés lors de conflits liés au transport et à l'exploitation du pétrole et du gaz.

Des messages de propagande, provenant probablement des “50 cents”, blogueurs payés par le gouvernement, ont fleuri sur Internet. Un post annonce notamment : “chers étudiants et amis, ce n'était qu'un accident de la route. Certaines personnes mal intentionnées l'interprètent comme un conflit ethnique, ou en lien avec le pétrole ou le gaz. Le gouvernement prend ce cas très au sérieux. (....). Nous espérons que les étudiants ne croiront pas les rumeurs (...)”.

Censure du Net

Le plénum du Parti Communiste Chinois (PCC), qui s'est tenu du 15 au 18 octobre 2011, officiellement consacré aux “réformes culturelles”, a, en réalité, été l'occasion pour le gouvernement de légiférer à nouveau sur le contrôle du web. A l'issue du congrès, une directive visant à préserver la “sécurité” et élargir “l'influence” de la culture chinoise a été adoptée, laissant présager un renforcement du dispositif de censure.

Pour le PCC, “réformer le système culturel” signifie “s'assurer que les médias travaillent pour ses objectifs” en encourageant “le sentiment patriotique et nationaliste”, a déclaré Willy Lam, de la Chinese University à Hong Kong, à l'AFP. Le gouvernement chinois a toujours plus de mal, malgré le “Great Firewall” (“Grande Muraille de la censure”), à contrôler le flux des informations et critiques à son égard sur le Net. Les services de propagande du PCC ont récemment accentué leur pression sur les acteurs du Net chinois : Li Changchun, responsable de la propagande du régime, a rencontré Robin Li, le patron du principal moteur de recherche chinois, Baidu, en septembre. D'autres responsables ont également rencontré les patrons de Youku (équivalent chinois de Youtube) et Sina (site de micro-blogging), afin de les inviter à aligner leurs politiques commerciales sur les mesures politiques chinoises.

Plusieurs mots clés ont également été récemment censurés sur Internet : il est désormais impossible pour les internautes de combiner le mot “occuper” suivi d'une ville chinoise (ex : “Occupy Beijing”(占领北京), “Occupy Shanghai”(占领上海)...) dans leurs recherches sur le web, les autorités craignant la propagation du mouvement “Occupy Wall Street”. Le mot “jasmin”, du nom de la révolution qui a mis fin au régime de Ben Ali en Tunisie, est également censuré. Une liste non exhaustive des termes censurés sur le Net chinois a été publiée sur le site du China Digital Times.

Arrestations d'internautes pour diffusion de “rumeurs”

Reporters sans frontières condamne l'instrumentalisation de la lutte contre les “rumeurs” qui sert en réalité de prétexte au gouvernement chinois pour faire taire les voix dissidentes et justifier des arrestations arbitraires.

Dans un communiqué publié le 25 octobre 2011 sur des sites du gouvernement chinois, le Bureau d'information de l'Internet a annoncé que la loi interdisant la divulgation de rumeurs avait déjà été appliquée à plusieurs reprises contre des net-citoyens ayant publié des contenus sensibles. Le Bureau a également affirmé sa volonté de poursuivre ses efforts pour “arrêter les rumeurs et punir les individus et les sites web qui les propagent”.

Un étudiant du Yunnan a été interpellé pour avoir diffusé de “fausses informations” sur une affaire de meurtre sur des forums et des blogs. Un résident de Shanghai a quant à lui été détenu pendant quinze jours pour avoir mis en ligne des documents fiscaux prétendument “falsifiés”. Un site web dédié au récent accident d'un avion militaire a également reçu un avertissement pour avoir diffusé l'information sans “confirmation de la source ni des faits”.

Intimidations et harcèlement

Reporters sans frontières dénonce les pressions exercées par les autorités chinoises sur la cyberdissidente Govruud Huuchinhuu assignée à résidence surveillée depuis novembre 2010.

Selon Xi Hai Ming (ショブチョード・テムチルト), un dissident de Mongolie intérieure réfugié en Allemagne, Govruud Huuchinhuu fait l'objet d'un harcèlement permanent depuis des années : “elle est sous surveillance, son téléphone est sur écoute, son accès Internet a été coupé, mais elle ne s'avoue pas vaincue”, a-t-il déclaré au Southern Mongolian Human Rights Information Center (SMHRIC).

Dans une lettre ouverte accessible sur le site du SMHRIC, M. Cheel, le fils de Govruud Huuchinhuu, appelle les autorités chinoises à libérer sa mère et l'opinion publique à se mobiliser. Il décrit les intimidations qu'elle subit. Sous pression permanente, son état de santé se serait dégradé.

Condamnation d'activistes

Reporters sans frontières déplore le rejet de la demande d'appel de la cyberdissidente Wang Lihong (王荔蕻), annoncé le 20 octobre 2011, par le tribunal de Pékin. La condamnation à neuf mois de prison, prononcée le 12 août dernier, est maintenue par la Cour.


Chinese Internet Activist Wang Lihong Given 9... par NTDTV

Wang Lihong est accusée d'avoir “troublé l'ordre public” lorsqu'elle a organisé, via Internet, en mars 2011, une manifestation de soutien à trois blogueurs jugés pour diffamation par le tribunal de Fuzhou, dans le sud de la Chine. Arrêtée le 21 mars dernier, elle a été détenue cinq mois avant d'être traduite en justice, le 12 août 2011.

Han Yicun, un de ses avocats, a déclaré que le procès n'avait pas été équitable et que le juge avait fait obstruction en interrompant à plusieurs reprises la défense et l'accusée.

L'artiste Ai Weiwei a apporté son soutien à la blogueuse via un tweet en août 2011 (en chinois et en anglais). Un blog de soutien et une pétition sur Twitter sont également accessibles sur le net.

Vers une légalisation des “disparitions” ?

Un projet de loi actuellement à l'étude vise à amender le code pénal chinois afin de légaliser les “disparitions” forcées. Les suspects pourraient à l'avenir être arrêtés et détenus dans un lieu tenu secret, sans que leurs proches soient prévenus, et ce pour une durée variable. Reporters sans frontières dénonce cette disposition qui viole les droits fondamentaux, et s'inquiète des conséquences d'un tel amendement qui permettrait au gouvernement de museler toute forme de contestation sans fournir de justification publique. L'organisation rappelle qu'elle est toujours sans nouvelles de l'avocat des droits de l'homme Gao Zhisheng.

La Chine fait partie de la liste des Ennemis d'Internet établie par Reporters sans frontières, et est placée 171ème sur 178 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse en 2010. L'organisation rappelle également que Liu Xiaobo est toujours détenu, un an après avoir obtenu le prix Nobel de la paix.

mardi 8 novembre 2011

Sri Lanka - Le gouvernement censure les sites critiques à son égard et tente de justifier ses actes par la loi


Quatre sites d'information indépendants majeurs, SriLankaMirror, SriLankaGuardian, Paparacigossip9, et LankaWayNews, ont été bloqués sur ordre du ministère de l'Information, le 6 novembre 2011, soit un jour après avoir subitement annoncé que “tout site d'informations portant sur le Sri Lanka, (doit) s'enregistrer auprès du ministère, au plus vite”.

“Nous condamnons cette mesure qui renforce la mainmise du gouvernement sur les médias en ligne. Alors que plusieurs sites d'information sont déjà bloqués par le régime, l'obligation de s'enregistrer auprès du ministère de l'Information et des médias met sérieusement en danger la liberté d'informer sur Internet, déjà fortement réduite. Nous condamnons toute tentative du gouvernement sri lankais de contrôler l'information sur l'affaire du “White Flag” et les critiques à son égard, aussi virulentes soient-elles, et pour lesquels plusieurs journalistes ont été menacés”, a déclaré Reporters sans frontières.

“Le ministère de l'Information doit revenir sur ces blocages et annuler cette réglementation. Nous appelons enfin les entreprises de télécommunication privées à cesser tout blocage de sites en collaboration avec les autorités sri lankaises”, a ajouté l'organisation.

Les sites d'information devront désormais s'enregistrer auprès du ministère de l'Information et des médias du Sri Lanka pour obtenir une accréditation. Cette décision, annoncée le 5 novembre 2011, intervient après une déclaration de W.B. Ganegala, secrétaire du ministère, qui avait affirmé, le même jour, que de trop nombreuses plaintes pour diffamation avaient été déposées contre ces sites. Les modalités de l'enregistrement ne sont pas encore connues, pas plus que les sanctions prévues pour les sites refusant de se soumettre à la loi. Certains journalistes des sites d'information se seraient déjà rendus au ministère afin d'obtenir le formulaire d'enregistrement, et auraient découvert qu'aucune procédure n'avait encore été mise en place.

Le nombre de sites censurés au Sri Lanka n'a cessé d'augmenter ces dernières semaines. C'est d'abord le site Lanka-e-News qui avait été bloqué dès la fin du mois d'octobre 2011 par Sri Lanka Telecom (SLT), détenu par l'Etat, et le fournisseur d'accès à Internet privé Dialog Axiata PLC, sans qu'aucune explication ne soit fournie à la direction du site. A cette occasion, Reporters sans frontières avait interviewé Sandaruwan Senadheera, rédacteur en chef de Lanka-e-News (lire l'interview). Ce blocage a été confirmé par une décision de la justice sri lankaise rendue le 8 novembre 2011.

Le Sri Lanka fait partie des Pays sous surveillance et se situe à la 158ème place, sur 178 pays, dans le classement annuel de la liberté de la presse de Reporters sans frontière.

Le Parti Pirate allemand ||veut chavirer la politique


QG du Parti Pirate à Berlin, novembre 2011


Jouer les « trolls » le plus sérieusement du monde. Un mois et demi après avoir remporté quinze sièges au Parlement de Berlin, le Parti Pirate opte à court terme pour ce rôle, comme nous l’a expliqué Pavel Mayer [de], un des élus :


Comme parti d’opposition, vous pointez les failles, vous trollez le gouvernement, c’est votre boulot.


Le tout jeune parti, cinq ans d’existence en Allemagne, ne rejoindra donc pas une coalition. Une prise de position pragmatique, nous a argumenté Alex Morlang [de], un autre élu :


En Allemagne, des partis surgis de nulle part ont explosé, ils ont rejoint une coalition et ils ont perdu. Il est difficile et long d’apprendre comment le système marche, ce n’est pas une option, si nous rejoignons la coalition, nous serons réduits en pièce ou déchiquetés. Nous avons tant à faire, le premier trimestre sera consacré au budget, c’est un travail de spécialiste. La première étape sera d’apprendre à survivre ici, même en tant que parti d’opposition. Nous cherchons d’abord à travailler ensemble, au sein du groupe, ce que nous n’avons jamais fait. Il faut que nous restions soudés, si l’un d’entre nous part, il n’y a plus de groupe.


Ouvrir la porte par principe


S’il a bien été question de laisser la porte ouverte à des négociations, début octobre, c’est par principe et sans illusions. Pavel clarifie ce point :


Nous voulions montrer au public que nous ne sommes pas des gens qui fuyons leurs responsabilités et seulement en s’opposant aux idées des autres. Vous ne pouvez pas concrétiser vos idées, ce qui est notre but. Les autres partis n’ont pas voulu nous parler, il n’y a donc pas encore eu de négociations.


Alex Morlang à la section locale de Prenzlauerberg, Berlin, novembre 2011


« Le SPD a le choix entre une coalition avec les Verts, qui a échoué pour des raisons assez complexes, et avec la CDU, précise Frédéric Happe, correspond à Berlin de l’AFP. Les Pirates ne pourraient entrer en jeu que dans deux “constellations” tout aussi irréalistes l’une que l’autre. D’une part Rot-Rot-Orange, avec le SPD et die Linke, car le PP a indiqué qu’ils auraient du mal à collaborer avec Die Linke, notamment en raison des liens ou une part de nostalgie de certains de ses membres envers la RDA et la Stasi, l’ancienne police politique de l’Allemagne de l’Est ; ou Schwarz-Grün-Orange (la CDU et les Verts). On imagine mal les Verts accepter de coopérer avec les Pirates qui ont gagné le gros de leurs presque 9% en rognant sur l’électorat contestataire écologiste. »


Toutefois, dans la jungle parlementaire, certains seront plus amicaux que d’autres : « Nous essayerons aussi de former des alliances, nous avons des choses en commun avec les Verts et die Linke », poursuit Alex Morlang. Des Verts pas si rancuniers que ça, à l’en croire : « il y a trente ans, les partis détestaient les Verts, ils ont fait tout ce qu’ils ont pu pour les bloquer. Les Verts ont donc pris une décision pour nous soutenir car ils ne veulent pas que cela se reproduise pour d’autres. »


De même, cela n’exclut pas des alliances au niveau des arrondissements : « Le PP a fait quatre propositions et ils ont parlé aux Verts, qui étaient ennuyés de voir ces jeunes débouler et vouloir changer les règles. Ils en ont parlé aussi avec le SPD et Die Linke, ils en ont même parlé à la petite fraction conservatrice de quatre personnes. À la fin tous ont voté pour nos propositions », détaille Alex.


Affiches de la dernière campagne berlinoise


Si coalition il doit y avoir à Berlin, ce sera plus tard, d’ici deux ans avance Pavel, après avoir ouvert le capot de la machine. En bon hacker -il est proche du Chaos Computer Club, célèbre club de hackers, ces adeptes de la bidouille technologique-, Pavel file la métaphore informatique :


La machine politique du Parlement a des boutons, des leviers, que vous pouvez contrôler, vous devez comprendre ce qui se passe si vous les actionnez. On modifie la machine quand on sait exactement comment elle fonctionne.


Pavel s’est déjà attelé à cette tâche, dès la session inaugurale, fin octobre. Il a annoncé que le règlement intérieur devait évoluer afin que le parlementaire en tant qu’individu ait plus de pouvoir, car actuellement, il favorise le groupe. « Cela fausse le principe de démocratie, avance-t-il. Un élu, qui représente 20.000 citoyens, est amené à faire le choix du groupe, au lieu du sien. » Une tentative d’« update », de « patch incrémental de l’OS » accueillie par de l’incompréhension : « la plupart des autres élus n’ont pas compris. Ils sont là depuis 10, 20 ans, ils ne questionnent plus le système. » Il va porter l’affaire devant la Cour constitutionnelle.


« Démocratie liquide »


Aujourd’hui tout frais, tout neuf, le propos exalté où perce parfois une sincère émotion, nos pirates courent le danger le risque de l’institutionnalisation, comme les Verts, broyés par le jeu des coalitions, divisés en deux fractions et embourgeoisés après trente ans dans le jeu politique. Alex se marre :


«Bien sûr que cela nous fait peur ! Comme certains anciens des Verts ont rejoint le PP, nous avons la possibilité de regarder leur histoire, nous sommes assez différents. Les Verts des débuts, comme les Nazis, voulaient protéger les arbres allemands, et de l’autre côté, il y avait des féministes et des pacifistes, qui discutaient de savoir s’il fallait imprimer, beaucoup de débats chronophages. Maintenant nous avons Internet, beaucoup de choses sont devenues possibles. Nous avons des pad, des wiki, nous pouvons travailler indépendamment du temps et de l’espace, l’esprit le plus brillant peut collaborer, cela change les choses de façon fondamentale. La prochaine étape, c’est la démocratie liquide. »


La démocratie liquide consiste somme toute à revenir aux fondamentaux de la démocratie, en permettant aux gens de participer directement au processus politique : proposer des initiatives, les soutenir, les amender. L’accent est mis sur l’horizontalité, la transparence et l’obligation d’être constructif : vains trolls, passez votre chemin. Sa mise en œuvre passe par un outil tout neuf développé par le PP allemand depuis 2009, LiquidFeedback [en]. Il est déjà aussi utilisé en Autriche, en Suisse et au Brésil. On attend encore la traduction française.


Pavel Mayer, élu du Parti Pirate à Berlin, novembre 2011


L’outil est là, opérationnel, mais les citoyens s’en empareront-ils ? « Au niveau fédéral, ⅓ du PP participe, argumente Alex. L’idée attire les gens, certains nous ont rejoint pour ça. En Bavière, le système n’est pas implémenté, les gens qui sont venus l’utiliser demandent “où est-il, où est-il ?” » Le propos se fait plus enflammé :


Ce n’est pas l’idée classique de révolution, “emparons-nous de l’usine”, nous n’avons pas pris l’encyclopédie, nous avons construit la nôtre à la place de ça, et ils ont construit des réseaux pour la consommation, on s’en fout, à la place, nous avons construit l’Internet. Ils ont voulu nous vendre des logiciels, on s’en fout, nous avons fait des logiciels libres, ils nous disent comment diriger un gouvernement, on s’en fout.


On s’en fout, sauf que la loi ne permet pas de considérer des serveurs informatiques comme un membre du PP et que la prise de décision passe toujours pas le bureau ou le convent.


Des sauveurs, pas des ennemis


Un tantinet optimiste, – voire prétentieux ? -, Pavel estime que cette envie de changement est au fond partagée par les politiques :


Les autres parties placent beaucoup d’espoir en nous. Ils pensent que nous avons un secret qu’ils doivent apprendre, ils ne nous attaquent pas vraiment encore, ils sont curieux, ils ne nous regardent pas comme les ennemis mais comme les sauveurs. Ils commencent à comprendre que la société change, vers la société de l’information. Ils ne la comprennent pas mais veulent l’embrasser, c’est le futur, ils ne peuvent l’éviter.


Pourtant, quand de jeunes Verts ont proposé d’implémenter LiquidFeedback, les anciens ont refusé. Démocratie pâteuse.


Texte : Sabine Blanc


Photos : Ophelia Noor