mercredi 7 décembre 2011

Egypte - Deux blogueurs emblématiques de la révolution sont toujours en prison

Reporters sans frontières dénonce le maintien en détention provisoire des blogueurs égyptiens Alaa Abdelfattah et Maikel Nabil Sanad, respectivement emprisonnés depuis un et huit mois. Près de dix mois après la chute du régime d'Hosni Moubarak, les autorités égyptiennes persistent dans une politique répressive à l'égard du Net et des blogueurs.

Alaa Abdelfattah maintenu en détention provisoire


La Haute Cour d'Etat du Caire a rejeté, le 5 décembre 2011, la demande de libération sous caution du blogueur Alaa Abdelfattah.

Arrêté et placé en détention provisoire le 30 octobre dernier, le net-citoyen a d'abord comparu devant une cour martiale, qui l'a inculpé pour “vol d'arme appartenant à un soldat”, “agression de militaires”, “destruction de biens militaires”, et “incitation à la violence envers l'armée”, lors des émeutes de Maspero, le 9 octobre dernier. Le blogueur avait alors refusé de répondre aux questions du tribunal, pour dénoncer la normalisation des procès de civils en cour martiale.

Son cas a été transféré à une juridiction civile, la Haute Cour d'Etat du Caire, le 22 novembre. Loin de montrer davantage de clémence à l'égard du blogueur, cette cour a ajouté plusieurs chefs d'accusation graves à son dossier, à savoir “meurtre avec préméditation” et “intention de commettre un acte terroriste”. En cas de condamnation, aucun appel ne sera possible, ainsi que le prévoit cette cour.

Lors de la prochaine audience, prévue le 13 décembre prochain, la détention provisoire du blogueur pourrait à nouveau être reconduite pour quinze jours, pour la troisième fois consécutive.

Une pétition de soutien est accessible en ligne.

Le procès inéquitable de Maikel Nabil Sanad se poursuit

Reporters sans frontières dénonce le procès politique du blogueur et prisonnier de conscience Maikel Nabil Sanad.

Alors que les audiences ont été reportées à de très nombreuses reprises, maintenant le net-citoyen en prison pendant plus de huit mois à ce jour, le tribunal militaire a annoncé, le 4 décembre 2011, que le jugement final serait prononcé le 7 décembre prochain, après avoir une nouvelle fois rejeté la demande de libération sous caution du blogueur.

Maikel Nabil Sanad avait été interné sur décision du juge, le 18 octobre dernier, à l'hôpital psychiatrique d'El-Khanka (gouvernorat de Qalubiyah, nord-est du Caire). Il a finalement été transféré à la prison d'El-Marg, au Caire, suite à un diagnostic médical favorable. Sa famille a pu lui rendre visite le 5 décembre, alors qu'il entamait son 105ème jour sans manger, et souffre d'un calcul rénal.

Le blogueur a récemment dénoncé la répression menée par le Conseil suprême des forces armées dans un billet publié sur le site de l'ONG Mid East Youth.


Reporters sans frontières a publié, le 1er décembre, un rapport intitulé« Révoltes arabes : les médias, témoins clés et enjeux du pouvoir », dans lequel elle analyse les méthodes utilisées par les autorités pour empêcher la circulation de l'information au cours de six soulèvements populaires du 17 décembre 2010 à la mi-novembre 2011. Un chapitre est consacré à l'Egypte.

Lors des récentes émeutes à la veille des élections, de nombreux net-citoyens avaient été la cible des militaires, arrêtés ou agressés violemment.

L'organisation exhorte à nouveau les autorités égyptiennes à cesser tout type d'intimidation à l'égard des net-citoyens et professionnels de l'information, et à mettre fin aux procès politiques d'Alaa Abdelfattah et de Maikel Nabil Sanad, qui doivent être libérés sans conditions et innocentés.



Le blogueur Alaa Abdelfattah placé en détention

31.10.2011

Reporters sans frontières dénonce la mise en détention provisoire, le 30 octobre 2011, par le Parquet militaire égyptien, du blogueur et militant Alaa Abdelfattah, pour une durée minimale de 15 jours. Le net-citoyen est accusé d'incitation à la violence lors d'une manifestation, le 9 octobre dernier.

“Le conseil militaire des forces armées doit définitivement renoncer à poursuivre des civils devant des cours militaires, sous peine de mettre dangereusement en péril la réussite d'une transition démocratique dans le pays, a déclaré Reporters sans frontières. L'armée, dont dépend le Parquet qui a inculpé Alaa Abdelfattah, est elle même suspectée d'être impliquée dans les faits reprochés au blogueur. La mise en place d'une justice impartiale dans Égypte post-Moubarak est gravement compromise par les méthodes du Conseil suprême des forces armées.”

Reporters sans frontières demande la remise en liberté immédiate du blogueur, ainsi que de tous les prisonniers politiques et civils condamnés par l'armée, dont le net-citoyen Maikel Nabil Sanad, toujours emprisonné malgré un état de santé critique.



La situation des net-citoyens se détériore en Egypte

27.10.11

Alors que le Rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d'expression, Frank La Rue, a réaffirmé, le 21 octobre 2011, l'urgence à protéger la liberté d'expression sur l'Internet, l'Egypte s'enfonce dans une politique toujours plus liberticide à l'égard du web et des blogueurs.

La liberté d'expression sur Facebook en danger

Le 22 octobre 2011, au Caire, Ayman Youssef Mansour a été condamné à trois ans de prison assortis de travaux forcés pour avoir “intentionnellement insulté, attaqué et tourné en ridicule la dignité de la religion islamique” sur Facebook. Le net-citoyen avait été arrêté en août dernier.

“Sans se prononcer sur le contenu des messages publiés par Ayman Youssef Mansour, Reporters sans frontières regrette l'usage de la loi interdisant les insultes à la religion pour sanctionner un blogueur. Cette mesure, qui reste très vague, a souvent été utilisée, sous Hosni Moubarak, pour faire taire les voix dissidentes. En 2007, le blogueur Karim Amer avait notamment été condamné à de la prison ferme pour insulte au prophète de l'islam. Les pratiques de l'ancien régime perdurent avec le Conseil suprême des forces armées”, a déclaré Reporters sans frontières.

Maikel Nabil Sanad interné pour 45 jours

L'organisation déplore également l'internement, pour 45 jours, du blogueur Maikel Nabil Sanad à l'hôpital psychiatrique d'El-Khanka (gouvernorat de Qalubiyah,nord-est du Caire), sur décision du juge, rendu le 18 octobre 2011 à l'issue de la dernière audience. La prochaine audience est prévu le 1er novembre prochain. Son avocat, Me Mahdouh Nakhla, directeur d'Al-Kalema Center for Human Rights, craint que Maikel Nabil Sanad ne soit entre-temps soumis à un traitement par éléctrochocs, qu'il qualifie de “torture légalisée”. Alors qu'il souffre de problèmes rénaux, nerveux, d'anémie, et d'autres complications dues à sa grève de la faim, un tel traitement pourrait lui être fatal.

“Le net-citoyen, souffrant de graves problèmes de santé et en grève de la faim depuis deux mois, ne recevra pas les soins nécessaires à son rétablissement dans un établissement psychiatrique”, a regretté Reporters sans frontières. “Maikel Nabil Sanad doit être libéré d'urgence, et bénéficier de soins médicaux appropriés. S'il venait à décéder en détention, le Conseil suprême des forces armées serait tenu entièrement responsable de la mort du premier prisonnier de conscience post-révolution”, a poursuivi l'organisation.

Convocation de deux cyber-activistes par la cour martiale

Reporters sans frontières s'inquiète de la convocation de deux cyber-activistes, le 24 octobre 2011, dans le cadre d'une enquête sur les manifestations coptes du 9 octobre au Caire. Les deux net-citoyens devaient être interrogés par la cour militaire le 25 octobre 2011, mais cette date a été repoussée car Alaa Abd El Fattah, blogueur et développeur, est actuellement à San Francisco où il est participe à la Silicon Valley Human Rights Conference.

Alaa Abd El Fattah et Bahaa Saber avaient déjà été arrêtés et détenus en 2006 pour avoir exprimé leurs opinions contre Hosni Moubarak sur le Net. Bahaa Saber a été à nouveau arrêté et torturé en 2010.

Les charges retenues contre eux ne sont pas encore connues, mais ils auraient été avertis de manière informelle que leur convocation était liée à leur couverture des manifestations coptes du 9 octobre dernier. Sur son compte Twitter, Alaa Abd El Fattah a déclaré qu'il serait probablement accusé d'incitation à la violence et destruction de bien public.

Un vidéo-blogueur pro-Moubarak, surnommé Ahmed “Spider”, a publié sur Youtube une vidéo intitulée “Alaa Abd El Fattah the atheist runs away to America after I submitted a case against him.” (“Alaa Abd El fattah l'athée s'enfuie en Amérique après le dépôt de ma plainte contre lui”) Les deux cyber-activistes ont activement aidé les victimes des émeutes et leur famille, en acheminant des blessés vers l'hôpital.

La contestation des mesures prises par le CSFA prend de l'ampleur au sein de la population égyptienne. L'activiste et écrivain Willima Weesa a dénoncé l'internement de Maikel Nabil Sanad : “Cette décision viole ses droits civiques. De nombreuses personnes internées par les forces de sécurité sont en fait en bonne santé en rentrant, mais dévastées en ressortant.” Yosri Foudra, animateur d'une émission d'affaires publiques sur la chaîne privée ONTV, ancien journaliste de la BBC et d'Al-Jazeera, a suspendu son programme, le 21 octobre 2011, afin de dénoncer la poursuite, après la révolution, de méthodes de censure dignes de l'ère Moubarak. Alaa El-Aswani, écrivain connu pur ses positions critiques à l'égard régime militaire, a également partagé ses inquiétudes sur Twitter : “Est-il maintenant interdit pour quiconque de critiquer le conseil militaire ?”, s'est-il interrogé. Avant d'ajouter : “La révolution a besoin d'un nouvel épisode.”

Par ailleurs, Reporters sans frontières salue la condamnation à sept ans de prison, le 26 octobre 2011, de Mahmoud Salah Mahmoud et d'Awad Ismaïl Souleimane, responsables de la mort de Khaled Saïd, le 6 juin 2010 à Alexandrie.


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Mobilisation de l'opinion publique suite au décès du blogueur.


Initialement accusés d'”arrestation injustifiée” et “d'actes de torture”, les deux policiers ont finalement été reconnus coupables d'avoir frappé à mort cet internaute à sa sortie d'un cyber-café (lire notre communiqué)


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Les deux policiers accusés du meurtre de Khaled Saïd

L'Inde veut imposer une vaste censure des contenus avant publication

A l'impossible, les services en ligne pourraient être tenus. Le gouvernement de l'Inde souhaite que les fournisseurs de services d'hébergement de contenus sur Internet pré-visualisent tous les commentaires, vidéos, articles, etc. postés par les internautes, et bannissent d'autorité tout contenus susceptible de violer la règlementation indienne. [Lire la suite]

lundi 5 décembre 2011

Le conspirationnisme, comment ça marche ?

(Au delà de tenter de comprendre la structure et l’origine du fonctionnement des théories conspirationnistes, ce qui semble la moindre des choses, la question très intéressante qui se pose est la suivante : à quoi ça sert ?)



Les hommes n’ont pas marché sur la Lune, les tours du 11 septembre ont été plastiquées de l’intérieur par les services secrets de Georges W. Bush, Ben Laden n’est pas mort, Ben Laden est mort depuis longtemps, les Illuminatis dirigent secrètement le monde et veulent réduire la population de 90%, le sida est une maladie créée de toutes pièces pour décimer l’Afrique, une base lunaire extra-terrestre est en place depuis les années 50 sur la face cachée de la lune…


Bon, arrêtons là : la liste est trop longue. Vous, lecteurs de Reflets, avez certainement entendu parler de ces théories dites « conspirationnistes », pas la peine d’en rajouter des couches. L’article que vous lisez en ce moment même existe parce que plusieurs d’entre vous ont crié au scandale suite à la publication d’une vidéo illustrant un article d’analyse sur le populisme, vidéo d’un reportage d’une chaine de Télévision allemande, mais postée par un conspirationniste notoire. Le sujet du conspirationnisme est important aujourd’hui, et le balayer d’un revers de main est en gros le meilleur moyen de passer à côté d’une « compréhension de l’époque et des grands systèmes d’influence de l’opinion ». Et comme vous allez le voir, pas seulement par l’influence de ces théories sur le public…mais aussi l’inverse.


Comment fonctionnent le conspirationnisme et la théorie éponyme ?


Rien de bien compliqué, mais un rappel est nécessaire pour bien être certain que l’on parle de la même chose. Une théorie conspirationniste est une explication donnée pour un phénomène de grande envergure existant ou passé, ou encore, prêt à survenir. Explication étayée par une somme d’arguments, de faisceaux de présomptions, de preuves matérielles plus ou moins incontestables. Cette conspiration est donc un objectif secret qui touche la plupart du temps aux rouages des pouvoirs politiques, économiques du plus haut niveau. Les individus travaillant secrètement pour le réaliser sont donc des acteurs d’un complot, d’une conspiration. Leur but : aboutir à l’objectif sans que que celui-ci soit connu des populations. Voire le réaliser sans que personne ne se soit rendu compte qu’il a été réalisé.


Les théories conspirationnistes les plus répandues, emportant l’adhésion du plus grand nombre sont celles qui mettent en cause l’organisation politique à grande échelle. L’idée principale et récurente est le plus souvent l’asservissement des populations à une puissance existante ou une puissance occulte (un groupe secret et ancien, des « clubs » d’individus influents, des gouvernements, des loges secrètes, des créatures extra-terrestres). Mais de façon plus précise, la théorie conspirationniste établit que les plans de domination peuvent se réaliser à l’insu des populations, c’est à dire en camouflant les éléments les plus révélateurs, en maquillant la réalité, jusqu’à un changement terrible, mais…qui peut lui-même être imperceptible, ou tout du moins accepté parce que logique. L’influence des populations, au point qu’elle ne savent pas qu’elles ont été piégées, est le point d’orgue des théories conspirationnistes. Mais observons le principe concrètement.


Alors un exemple ?


Le mieux est de décrire rapidement les ingrédients type d’une théorie conspirationniste « crédible » (c’est-à-dire un complot qui n’est pas basé sur des hypothèses délirantes sans éléments concrèts, comme l’origine de l’homme expliquée par une créature cosmique) : un événement important survient. Personne ne peut contester l’événement, il est réel. Par exemple des buildings abritant le gratin de la finance mondiale au cœur d’une ville américaine sont percutés par des avions de ligne. Les buildings s’enflamment, et finissent par s’écrouler « comme après un plastiquage ». Le gouvernement retrouve le passeport d’un terroriste de l’avion kamikaze dans les décombres fumantes, un autre bâtiment qui n’a pas été percuté par les avions s’écroule de la même manière des heures après. Une famille de la même origine que l’organisateur présumé des attentats sort du territoire alors que plus aucun avion n’a le droit de circuler. Etc, etc…vous connaissez l’histoire. Ce qui est crucial est de saisir que l’explication officielle exactement comme l’explication conspirationniste sont toutes les deux basées sur les mêmes éléments. Rien n’est inventé dans la théorie conspirationniste : seules les raisons diffèrent vis à vis des explications officielles. Raisons de l’envoi des avions contre les tours, raisons de l’écroulement du bâtiment, raison de la présence d’un passeport dans les décombres, de l’écroulement du troisième bâtiment, etc, etc…


La réalité du changement politique qui suit un événement pareil est elle aussi incontestable, ce qui amplifie encore plus la véracité de la thèse conspirationniste. Une bonne théorie conspirationniste, donc d’influence majeure, est toujours basée sur des éléments vrais et vérifiables. Sur du factuel. Et ces éléments doivent être relayés par des sommités, des experts de domaines pointus concernant des détails de l’événement.


Oui, bon, ok et alors ? On est au courant, c’est bon, sans intérêt là… ;-)


Pas si certain, parce que ces rappels permettent de commencer à réfléchir aux raisons qui motivent l’existence de ces théories et surtout de leur intérêt. Oui, oui, leur intérêt. Le leitmotiv le plus communément relayé est le suivant pour expliquer le succès des théories conspirationnistes : « dans un monde complexe, technologiquement de plus en plus avancé, perdant ses valeurs, instable, les théories conspirationnistes donnent du sens au grand bazar, permettent de se rassurer en croyant comprendre les « pourquoi » réels des événements perturbants. » On entend parfaitement l’argumentaire, mais il est uniquement sociologique, psychologique et surtout pauvre parce qu’il fait l’impasse sur des concepts qui ne peuvent être écartés. Entre autre celui de la guerre de l’information.


Parce qu’il faut observer les conséquences d’une « campagne conspirationniste » comme par exemple dans le cas des attentats du 11 septembre. Si aujourd’hui, en tant que journaliste, vous voulez vous ridiculiser et passer pour un hurluberlu adeptes des théories conspirationnistes, allez discuter dans une rédaction des éléments officiels douteux de la version officielle, ou simplement déclarer que « quand même, ça ne tient pas trop l’écroulement des tours par l’explosion des avions et l’incendie ». Il est d’ailleurs impossible aujourd’hui à quiconque de discuter du sujet dans les médias sans un déchaînement d’injures. La mise en avant des théories conspirationnistes du 09/11, leur sur-médiatisation (jusqu’au ridicule) a engendré un effet retour d’une efficacité redoutable : seule la version officielle prévaut. Aucune autre ne peut survenir puisqu’elle sera invariablement accolée au terme de conspirationniste. Et cet état de fait n’est pas circonscrit au 11 septembre aujourd’hui. Il s’applique en principe de précaution pour beaucoup d’événements. Au point que n’importe quel événement, même naturel, comme un tsunami voit fleurir sa théorie du complot. Ou une épidémie de grippe A. A chaque événement, une théorie conspirationniste, à chaque événement le contre-feu officiel : « Ne discutez pas notre version, vous n’allez quand même pas verser dans le conspirationnisme ? »


Monter une opération secrète. Laisser des éléments réels, puis des faux…


…mettre en avant les éléments, remettre une couche de faux, continuer à agir, lancer des limiers sur les bases réelles, les laisser se perdre un peu, mettez en avant les limiers, secouez le tout, attendez un peu, montrez les éléments faux, décrédibilisez tous les intervenants et continuez votre opération tranquillement : vous avez le cocktail déjà très ancien de la guerre de l’information pratiquée par les militaires. Une version policière existe aussi avec la célèbre nouvelle d’Edgar Poe « la lettre volée ». Plus c’est gros, plus c’est visible, plus ça passe.


Les techniques de guerre de l’information sont basés sur des principes simples mais redoutables : si quelque chose qui doit rester secret peut se savoir, même partiellement, alors tout ce qui concerne cette chose peut être connu. Et comme il est très difficile de conserver intact un secret d’importance, le mieux est de dévoiler soi-même une partie du secret, pour ensuite placer des faux indices, des fausses pistes qui envoient les enquêteurs ailleurs que là où la vraie piste doit mener. Les services de renseignements militaires ont utilisé de nombreuses fois ces méthodes qui peuvent permettre dans les cas extrêmes d’avoir les réponses (fausses) à fournir aux investigateurs, ou mieux, à créer des pistes composées d’éléments réels et d’autres faux pour pouvoir contrecarrer ceux qui voudraient effectuer une démonstration à partir d’éléments véritables mais aussi d’autres totalement pipeau. L’affaire du meurtre de J.F Kennedy est un sommet du genre : qui aujourd’hui pense que la version officielle est la réalité ? Pas grand monde en réalité…mais il n’y avait pas alors la possibilité que des théories du complot à moitié bidons circulent comme aujourd’hui. Sinon, parler d’un « coup d’Etat pratiqué par la CIA commandité par Nixon » ferait aujourd’hui de vous un doux-dingue.


Mais alors, les théories conspirationnistes sont vraies !? (cri d’effroi)


Certainement pas. Pas dans leur intégralité. Peut-être parfois partiellement justes, mais le plus souvent bancales si on regarde bien. Mais en fait, on s’en fout, le problème n’est pas là. Parce que ce qu’on doit se demander est : « à qui profite le crime ? », traduisez par : « à qui profite la diffusion de certaines théories conspirationnistes depuis un certain temps » ? Petit moment de réflexion…


A ceux qui ont besoin de cacher leurs conspirations, en premier lieu. Houla, houla : la conspiration de la conspiration ? En quelque sorte… En tout cas à cacher des éléments dérangeants, des intentions peu avouables. Ce qui ne signifie pas que les théories soient valides. Mais les théories de grande ampleur sont toujours basées sur des éléments vérifiables, et ce n’est qu’ensuite qu’elles montent en flèche jusqu’à devenir bizarres, bancales, avec des éléments contestables. Mais une fois ces théories basées sur des éléments de départ incontestables lancées, puis décrédibilisées par la suite, le premier bénéficiaire est celui qui aurait intérêt à cacher un complot. Ou des intentions cachées. Parce qu’il faut être bien clair : si les Etats ne complotent pas en permanence, ils le font quand même. C’est à dire qu’ils font des choses qu’ils ne veulent pas que leurs populations sachent. Comme des organisations plus ou moins secrètes ou des entreprises. Et puis, même s’il n’y pas de véritable complot derrière une théorie du complot activée par vous-même, le meilleur moyen de cacher vos intentions est d’en dévoiler une partie, d’en rajouter des couches, de glisser des éléments de plus en plus énormes jusqu’à que l’ensemble ne soit plus du tout crédible. Ainsi, on ne peut plus vous attaquer même sur des intentions : ceux qui tenteront de le faire seront collés comme des mouches au miel par leur appartenance à la théorie conspirationniste qui vous entoure et que vous avez savamment su entretenir ou déclencher. Le conspirationnisme « bien géré » est un outil redoutable pour empêcher les débats, la contestation de certaines réalités troubles, de volontés de haut niveau peu claires.


La problématique du réchauffement climatique anthropique (dû au rejet de Co2 par l’homme seul) en est un exemple tordu au possible : le GIEC récuse les scientifiques qui contestent leur théorie, leurs méthodes, leurs conclusions en les traitant de climato-sceptiques (pris potentiellement dans une conspiration des pétroliers), et inversement les climato-sceptiques accusent le GIEC de tricher pour imposer des nouvelles technologies et une » dictature verte » conspiratrice. La théorie du GIEC ne se conteste plus officiellement aujourd’hui sous peine d’être cramé : les théories conspirationnistes anti-GIEC qui ont fleuri sont tellement nombreuses qu’il est désormais impossible de discuter de ce sujet. Pratique, non ?


Conclusion en forme d’oxymore (sortez vos dictionnaires) : une réalité peu crédible…


Comme tout mythe ou légende puise sa source dans la réalité, les théories conspirationnistes ne sont pas seulement de pures inventions délirantes montées de toutes pièces par des illuminés en mal d’émotion et perdus dans un monde qui les angoisse. Bien qu’une certaine partie d’entre elles en soient. Elles sont, avant tout, des éléments d’information et de désinformation qui, malheureusement par leur nombre et leurs récurences, sont désormais une réelle entrave à la recherche sérieuse des causes réelles d’événements graves soumis à des suspicions légitimes. Ce qui n’empêche pas les zélateurs de ces théories d’être de parfaits naïfs passablement énervants. La réalité, lorsque des intérêts majeurs sont en jeu, n’est que très rarement celle qui est servie par les apparences et par la voix des dirigeants, mais les possibilités d’investigations deviennent vite limitées lorsque les théories conspirationnistes s’en mêlent. Ce qui est de plus en plus le cas. Sachant qu’il est difficile de ne pas se servir d’éléments fondés et réels sous prétexte que des conspirationnistes les utilisent, l’impasse est rapidement là avec la perte de crédibilité engendrée.


Les spécialistes en stratégie de l’information estiment qu’une partie des théories sont montées par les Etats eux-même ou bien récupérées par des Etats qui les accentuent, les modifient un peu, pour mieux s’en servir comme paravent ou comme outil de manipulation de l’opinion : « vous n’allez quand même pas me demander de parler de ça, on sait très bien que c’est du conspirationnisme, très peu pour moi ! » est une méthode politique de plus en plus courante. Comprendre donc qu’entre deux extrêmes il y a une ligne intermédiaire semble un bon compromis. Toujours se permettre de réfléchir sur les éléments avancés au départ aussi. Et surtout se demander, au delà de la validité ou non de la théorie : à qui profite ou pas la diffusion de cette théorie ?

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Anti-Piracy Group Blackmails ISPs to Censor The Pirate Bay

Late September the Antwerp Court of Appeal ordered Belgian ISPs Belgacom and Telenet to initiate DNS blockades of 11 domains connected to The Pirate Bay.


The Belgian Anti-Piracy Federation (BAF) applauded the verdict, which they see as a landmark decision opening the door to further censorship attempts. And indeed, without hesitation the group is putting the verdict to work in their favor.


NURPA, a Belgian advocacy group which promotes and protects the digital rights of citizens, has learned that BAF has sent a threatening letter to various Belgian ISPs. The group has managed to obtain a copy which they published on their site today.


In the letter, BAF mentions the recent verdict against the two Belgian Internet providers, which they say confirms The Pirate Bay is responsible for copyright infringement on a massive scale. To extend the ruling, the anti-piracy group is demanding that other ISPs also begin banning the site’s domains.


“To ensure an optimal effect, this measure should be implemented by all Internet service providers, not just by Belgacom and Telenet,” the anti-piracy group writes.


The ISPs have ten days to comply, BAF adds, or else the group will take them to court.


“Failing a satisfactory response from you within the time limit, the BAF will begin legal proceedings against you,” BAF threatens.


The letter from BAF was supposedly sent last week, and already appears to have had some effect. The Belgian ISP BASE – which ironically has a “freedom of speech” banner prominently listed on its site – has quietly started blocking subscriber access to The Pirate Bay.


BAF’s letter and BASE’s response are criticized by NURPA, who fear that BAF will continue to push for more censorship measures based on false claims.


“These practices of censorship, which are justified by imaginary losses and imposed by blackmail, show the urgent need for legislation on Net Neutrality in order to establish a legal framework for fair protection of fundamental rights on the Internet,” NURPA spokesman André Loconte told TorrentFreak.


Even if BAF manages to convince all Belgian ISPs to block the 11 Pirate Bay domains, it is doubtful that it will have much of an effect. Previously, a Pirate Bay spokesperson told TorrentFreak that these measures only yield the opposite results.


“This will just give us more traffic, as always. Thanks for the free advertising,” we were told.


And he appears to be right.


A few days after the verdict was announced The Pirate Bay registered depiraatbaai.be, a new domain not covered by the court order. Today, just a few weeks later, this domain is already the 124th most-visited in Belgium, on its way to enter the top 100.


Indeed, the years of legal procedures and subsequent blackmailing are easily circumvented by registering a $15 domain.


Source: Anti-Piracy Group Blackmails ISPs to Censor The Pirate Bay


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Russie - Elections législatives : le débat politique entravé par des cyberattaques et des arrestations de journalistes

Reporters sans frontières déplore les nombreux cas de censure qui ont marqué les élections législatives du 4 décembre 2011 en Russie. Alors que la plupart des médias traditionnels, notamment les chaînes de télévision, sont sous la coupe du Kremlin, les véritables discussions politiques ne peuvent se tenir qu'en ligne. Une série de cyberattaques coordonnées et d'arrestations de journalistes et de blogueurs ont tenté de les étouffer. Ces incidents ont perturbé la tenue d'un débat ouvert sur l'avenir politique du pays et laissent présager le pire pour l'élection présidentielle qui se tiendra en mars 2012.

Vague de cyberattaques

Une série d'attaques DDoS [1] a paralysé des sites critiques du pouvoir en amont et durant les élections, tentant ainsi de réduire les dissidents au silence.

La plateforme de blogs LiveJournal qui héberge des blogs critiques à l'égard du pouvoir, a été rendue inaccessible pendant 3 jours, à partir du 1er décembre 2011. Elle avait déjà subie une attaque de déni de service le 28 novembre dernier.

Parmi les autres sites visés :

  • le site de la radio Echo de Moscou, Echo.msk.ru.
  • le site du quotidien indépendant Kommersant, kommersant.ru.
  • le site de l'ONG de monitoring des élections, Golos.org.
  • le site d'information générale Gazeta.ru.
  • KartaNarusheniy.ru, une carte interactive créée par Golos pour répertorier les fraudes électorales.
  • l'édition de Saint-Pétersbourg du quotidien Novaya Gazeta, Lenizdat.ru.
  • les sites d'opposition Slon.ru, Newtimes.ru (qui relayaient la carte de Golos depuis que Gazeta.ru avait décidé de s'en séparer - voir communiqué ci-dessous) et Ridus.ru.
  • le site du magazine indépendant d'information sur le Caucase russe Dosh, Doshdu.ru.
  • le site d'information politique de la région Nord-Ouest Zaks.ru, etc.

Certaines de ces attaques ont débuté quelques jours avant les élections. Elles ont ouvert la voie à des attaques massives les 3 et 4 décembre. Le 4 décembre, la plupart de ces sites sont redevenus consultables alors que la fermeture des bureaux de vote était imminente en Russie centrale, où réside la majorité des votants.

Certains médias et groupes d'opposition, qui avaient anticipé ces perturbations, ont migré vers les réseaux sociaux et appelé leurs lecteurs à les suivre sur Twitter et Facebook au cas où leur site viendraient à tomber.

Pour suivre le déroulement de ces cyberattaques, voir l'article d'Alexey Sidorenko pour Global Voices.

Entraves dans la couverture des élections

Plusieurs journalistes ont été empêchés de couvrir le déroulement des élections dans les bureaux de vote. D'après le rédacteur en chef du site d'information indépendante Fontanka.ru, Aleksandr Gorchkov, “les interdictions sont le plus souvent motivées par le fait que les journalistes portent des appareils photo (...) et qu'ils pourraient, à travers leurs clichés, répandre des données personnelles sur les électeurs”.

C'est ce motif, pourtant contraire à la loi, qui a justifié l'interdiction faite au correspondant de Fontanka.ru dans la région de Primoryé (Grand Nord) de pénétrer dans un bureau de vote. Pour avoir photographié l'urne, un correspondant de l'agence Rosbalt a été exclu de son bureau de vote. Vitaly Kamychev, correspondant du service russe de Radio Free Europe/Radio Liberty (Radio Svoboda), s'est vu interdire l'accès au siège de la Commission électorale centrale et confisquer son accréditation. Des correspondants de la BBC et de l'agence American Press ont été interpellés dans un bureau de vote de Moscou et retenus pendant plus d'une heure.

Interpellations de journalistes et de blogueurs critiques

Les quelques jours précédant le scrutin ont été émaillés par des interpellations de blogueurs et journalistes proches de l'opposition.

Le 2 décembre, le rédacteur en chef du site d'information indépendante Besttoday.ru, Alexeï Sotchnev, a été placé en garde à vue et mis en examen pour “organisation des activités d'une organisation extrémiste” (article 282 du code pénal). Les policiers ont fait irruption à son domicile de Moscou en cassant la porte et sans présenter d'ordre de justice. Le journaliste a été victime d'un coup de filet dirigé contre le comité de campagne d'Edouard Limonov, le chef du Parti national-blochevik (interdit), dont il est représentant. Mais d'après la directrice de Besttoday.ru, Marina Litvinovitch, la police se serait aussi présentée au domicile du développeur du site pour le perquisitionner.

Le 3 décembre, la célèbre blogueuse Maria Plieva a été arrêtée alors qu'elle participait, à Vladikavkaz (Ossétie du Nord), à une manifestation interdite. Libérée dans la soirée, elle a comparu le lendemain. Les charges d'hooliganisme qui pesaient à son encontre ont finalement été abandonnées.

Par ailleurs, dans la région d'Oulyanovsk, le blogueur Oleg Sofiyn a reçu des menaces de mort anonymes, l'avertissant qu'il aurait le “crâne brisé” s'il continuait à critiquer le gouverneur adjoint de la région, Svetlana Openysheva (écouter l'enregistrement)

Dans la nuit du 2 au 3 décembre, la présidente de Golos, Lilia Chibanova, a été retenue pendant une douzaine d'heures à son arrivée à l'aéroport Cheremetyevo de Moscou. Son ordinateur lui a été confisqué au terme d'une fouille minutieuse, au motif qu'il pourrait “contenir des éléments dangereux pour la sécurité nationale”. La veille, l'association avait été condamnée à une amende de 30 000 roubles (720 €) pour violation de la loi interdisant la publication de sondages dans les cinq jours précédant le scrutin. Le même jour, Golos avait aussi été la cible d'un reportage univoque de la chaîne de télévision NTV (appartenant au géant pétrolier étatique Gazprom), qui l'accusait d'être une officine des services de renseignement occidentaux.

La grande majorité des médias traditionnels, et en particulier les chaînes de télévision, ont passé sous silence ces différents incidents. Elles ont au contraire accordé une couverture largement positive au parti de Vladimir Poutine, Russie unie, qui remporte ces élections.



Les autorités accentuent leur contrôle des médias à l'approche des élections
30.11.2011

La Russie compte la population d'internautes la plus importante d'Europe, avec 51 millions d'utilisateurs. Un quart des Russes cite le Net comme principale source d'information (selon une étude du cabinet comScore). Les autorités fédérales et locales ont pris acte de l'avènement du Net comme média prépondérant dans le débat politique, et se sont lancées dans une campagne de censure à la veille des élections législatives, prévues le 4 décembre 2011. Les médias traditionnels ne sont pas épargnés : épinglés, scrutés, menacés, tous les procédés sont bons pour soutenir l'homme fort du pays, Vladimir Poutine, et renforcer l'unanimité autour de sa candidature aux élections présidentielles du 4 mars 2012. Reporters sans frontières condamne fermement cette avalanche de mesures arbitraires, et dresse la liste des récentes violations de la liberté d'informer.

Censure des critiques sur le Net


Alors que le Premier Ministre a récemment mis en garde les pays occidentaux contre toute ingérence dans les élections russes, l'agence de presse Ria Novosti aurait reçu l'ordre de supprimer de son site les dépêches étrangères critiques à son égard. Grigory Okhotine, employé d'InoSMI, la filiale chargée de traduire les articles de la presse étrangère pour le public russophone, a publié un e-mail interne, le 26 novembre 2011, dans lequel le chef du département Internet demande à tous ses collaborateurs “de ne placer sur le site aucun article hostile à Poutine et Russie Unie”, au cours de la semaine précédant les élections. Il a démissionné, en signe de protestation. Une porte-parole de Ria Novosti a réfuté cette allégation, le 29 novembre 2011, rappelant que la censure des médias était contraire à la Constitution du pays. L'agence va poursuivre Grigory Okhotine pour déclaration calomnieuse.

La très populaire plate-forme de blogs LiveJournal, qui accueille une grande part des débats politiques, a subi une nouvelle attaque DDoS le 28 novembre 2011, une pratique qui se banalise depuis le début de l'année.

Les forums régionaux dans le collimateur des autorités

Les forums de discussions régionaux, très populaires au niveau local, et majoritairement anonymes, sont un lieu de débat politique privilégié pour les internautes russes, et un cauchemar pour les autorités. Moins puissants que les médias nationaux, ils sont faciles à censurer, ce qui n'empêche toutefois pas les internautes russes de poursuivre leurs débats sur d'autres sites, hébergés à l'étranger. Au moins trois forums ont été fermés ou suspendus depuis le début du mois de novembre.

Le 15 novembre 2011, la police de Kostroma (Ouest) a saisi le serveur du forum régional Kostroma Jedis, le forum le plus populaire de la région (12 000 visiteurs quotidiens), hébergé par le centre de données Agava Hosting, à Dolgoprudny. Cette perquisition fait suite à la publication sur ce forum de deux vidéos satiriques critiquant le gouverneur, Igor Slyunyaev. Ce dernier va poursuivre en justice l'internaute ayant posté ces vidéos, pour « outrage à un représentant de l'Etat », selon l'article 319 du code pénal. La police a précisé que, l'enquête préliminaire durant quinze jours, le serveur ne serait pas restitué avant le 1er décembre, soit trois jours avant le premier tour des élections. Kostroma Jedis Forum est donc hors service en pleine période électorale.
Les internautes dénoncent un prétexte du gouverneur pour obtenir les adresses IP des membres du forum, et parvenir ainsi à identifier les auteurs de commentaires critiques à l'égard de sa politique, ce qui constituerait une violation du droit à la protection des données personnelles.

D'autres forums ont été fermés ou purgés de tout contenu politique par leurs administrateurs courant novembre, comme dans la région centrale d'Arzamas (mcn.nnov.ru), ou dans la ville de Miass (Sud) (forum.miass.ru) Injonction des autorités locales ou auto-censure ? Toujours est-il que la fermeture de ces forums signifie que le champs du débat politique sur la Toile russe se rétrécit.

Journaux et radio



La presse tranditionnelle est aussi victime d'une surveillance accrue. Le journal Sovetsky Sakhalin a été retiré des points de vente : menaçant de détruire les étalages, des hauts fonctionnaires auraient interdit aux kiosquiers de le vendre. Les exemplaires du journal ne sont plus livrés aux îles Kouril sous prétexte de difficultés financières et de nombreux annonceurs ont récemment retiré leur publicité. Crée en 1925, Sovetsky Sakhalin est le journal le plus ancien et le plus lu dans cette région de la Russie, et le seul média indépendant et critique du pouvoir dans cette zone.

Suite aux pressions du pouvoir, les démissions se succèdent parmi les directions de rédaction. Le 30 novembre 2011, le rédacteur en chef adjoint du portail d'information Gazeta.ru, Roman Badanine, a annoncé qu'il quittait son poste car sa “couverture de la période préélectorale ne satisfait plus la direction et les propriétaires”. Le journaliste était en désaccord avec le retrait de la “carte des violations de la campagne électorale”, placée en bannière sur le site. Née d'un partenariat avec l'association “Golos” (Voix), cette carte interactive permettait aux internautes de rapporter et de localiser les violations dont ils étaient témoins dans le cadre du processus électoral. Le projet a été repris par le portail Slon et l'hebdomadaire The News Times. La direction de Gazeta.ru, quant à elle, explique sa décision par l'afflux d'annonceurs à l'approche des fêtes, ce qui rendait nécessaire la mise à disposition de plus d'espace publicitaire en ligne.


Cinq jours auparavant, trois membres de la direction de la radio Abakan (partenaire d'Ekho Moskvy en Khakassie - Sibérie méridionale) ont démissionné après avoir reçu un appel de leur holding demandant de modifier l'agenda des émissions. Deux thèmes devaient être débattus avec les auditeurs lors de l'émission “Razvorot” du 24 novembre : “la propagande homosexuelle” (qui fait l'objet d'un projet de loi de l'Assemblée municipale de St Pétersbourg) et “le troisième mandat de Poutine”. Les journalistes ont été priés de déprogrammer l'un des deux thèmes, conformément à un précédent appel d'une personne se présentant comme proche du parti Russie Unie et demandant à la radio de “ne pas mélanger Poutine et les homos”.

Reporters sans frontières rappelle que la Russie est classée 140ème sur 178 pays dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse de l'organisation, et figure parmi les “Pays sous surveillance” du rapport “Ennemis d'Internet”. Conformément à la CEDH dont elle est signataire, et aux principes de l'OSCE dont elle est membre, elle se doit de garantir la pluralité des voix aux sein des médias et la liberté d'expression de ces citoyens. Nous prenons acte de l'adoption, le 17 novembre 2011, de la loi de dépénalisation du délit de diffamation et d'insulte, pesant surtout sur les blogueurs, ainsi que de l'alourdissement des peines pour les agresseurs de journalistes. Nous appelons cependant les autorités à réellement mettre en œuvre ces textes de lois, et à se saisir du scrutin électoral pour prouver leur volonté affichée de respecter la liberté de la presse et celle d'informer sur le Net.




[1] Attaques DDoS : "Distributed denial-of-service" (DDoS) ou déni de service distribué est un type d'attaque visant à rendre hors service ou muette une machine en la submergeant de trafic inutile. Plusieurs machines à la fois sont à l'origine de cette attaque qui vise à anéantir des serveurs, des sous-réseaux, etc, et est très difficile à contrer ou à éviter. Elle est notamment utilisée pour rendre inopérants des sites Internet.

Lourde condamnation de la taxe copie privée en France

Rue Du Commerce a fait condamner l'organisation chargée de collecter la rémunération copie privée à 1 million de dommages et intérêts, pour avoir négligé de protéger les intérêts du marchand face à la concurrence du marché gris. Le jugement, qui ne porte que sur les CD et DVD vierges, pourrait un jour s'étendre à tous les supports taxés (cartes mémoires, baladeurs MP3, téléphones, disques dur multimédia...). [Lire la suite]

Quand le cache du navigateur trahit l'internaute à distance

Des chercheurs en sécurité ont démontré qu'il est possible de savoir si un internaute a visité certains sites internet, en détectant le temps de réponse du navigateur lorsqu'il interroge ses données mises en cache. Une menace potentielle pour la vie privée des internautes. [Lire la suite]

Comment TMG traquera les sites pirates pour bloquer leurs clones

La société TMG, déjà chargée de collecter les adresses IP des internautes sur les réseaux P2P pour les fournir à l'Hadopi, pourrait se voir confier le suivi de l'application judiciaire des demandes de blocage de sites internet, pour automatiser l'élargissement des demandes de blocage à tout site miroir. C'est en tout cas ce que demandent les producteurs de cinéma, distributeurs de films et éditeurs de vidéos numériques dans leur assignation contre Allostreaming et consorts. [Lire la suite]

dimanche 4 décembre 2011

Quand l’industrie du divertissement envisage de nous interdire de choisir nos DNS

C’est le séisme du moment : plusieurs syndicats des industries du divertissement audiovisuel (oui autant commencer par détendre l’atmosphère en utilisant un oxymore), ont assigné en référé les plus importants FAI français ainsi que quelques moteurs de recherche américains pour la plupart à faire cesser cet outrage qu’est la galaxie des Allochose permettant le téléchargement ou le streaming de films et séries sans se soucier du droit d’auteur – si vous ne le saviez pas, remerciez les pour la pub !


Plus que la question du droit d’auteur en lui-même, maintes fois débattu ici comme ailleurs, il est intéressant de regarder ce qui est envisagé, et pourquoi.


L’ensemble du document ne pèse pas moins de 110 pages dont la plupart a fuité sur le site PCInpact et sa lecture est extrêmement instructive sur ce qui nous attend d’un point de vue lobbyisme par ces « industries » dans les prochaines années, et particulièrement sur les mesures techniques envisagées.


Mais revenons quelques pages plus tôt de ce document à la lecture si agréable : l’ensemble de la problématique vient de l’impossibilité de retrouver le ou les responsable(s) desdits sites, et de l’assigner par conséquent en justice… Plutôt que de chercher, et même si l’auteur de l’assignation semble suffisamment sûr de ladite identité pour la livrer en pâture au TGI en point 75, autant envisager de suite la censure !


Et il faudra ensuite se farder plusieurs dizaines de pages de blabla juridique pour arriver aux solutions techniques envisagées – et là c’est la douche froide…


Tout cela est décrit site par site aux points 242 à 277 et précédemment au point 238 – c’est notamment au point 257 que l’ami Bluetouff nous signalait la mention de Telecomix dans les problèmes à résoudre relatifs aux sites miroirs…


La solution envisagée dans un premier temps (au point 238 et juste après avoir expliqué l’échec cuisant qu’est l’Arjel), le DPI, est finalement temporairement écartée aux points 242 à 277 , qui visent à mettre en place une combinaison de trois mesures : le blocage IP avec un certain nombre de garanties mais restant insuffisant, le blocage DNS avec une petite surprise, et le dé-référencement des moteurs de recherche avec une pleine et entière collaboration de l’ami Google qui n’a même pas attendu l’assignation en référé pour s’exécuter.



  • Sur le blocage IP : le processus proposé intègre deux nouveautés : la surveillance des IP bloquées à intervalle régulier pour se prémunir d’effets de bord et la possibilité de faire bloquer des IP correspondant à un site déjà censuré de façon rapide et donc plus efficace… Sauf que même avec ces deux solutions fonctionnant à leur optimalité, il faut moins de quelques heures pour basculer un site d’une IP à une autre… Un site bénéficiant d’un pool d’adresses IP suffisamment grand contournera cela sans aucun souci.

  • Sur le blocage DNS : il suffit bien entendu d’accéder à l’adresse IP de façon directe pour contourner ce problème ou même mieux, de changer de service de résolution de DNS… Du coup l’auteur de l’assignation se pose la question de la possibilité d’interdire cette pratique !


Aux points 242 (alloshowtv), 246 (allomovies), 250 (alloshare) et 254 (allomovies) est rédigé l’alinéa suivant :« Dans l’hypothèse où le contournement de la mesure de blocage DNS ne pourrait pas – pour des motifs juridiques – être neutralisée par une interdiction de l’usage par les abonnés d’un service (empêchant les utilisateurs de changer les adresses IP DNS fournies dans le cadre de l’abonnement souscrit auprès de leur FAI pour leur substituer par exemple des services tels que OpenDNS, Google DNS etc…), une mesure complémentaire d’un autre ordre paraît s’imposer visant à déréférencer le nom de domaine sur les principaux moteurs de recherches opérant sur le territoire français »


Vous avez bien lu : faute de pouvoir, pour le moment (parce que l’on y travaille) interdire aux gens de jouir du choix de leur service de résolution de DNS on va être obligé de déréférencer… Au-delà du fait que cela n’a rien à voir avec la choucroute, ce point est particulièrement inquiétant s’il devait devenir l’un des chevaux de bataille de ces industries.


Mais on peut aller plus loin !


Puisque le but est le contrôle de ces foutus DNS qui nous empoisonnent la censure, pourquoi ne pas carrément les centraliser au ministère de l’intérieur – ça apportera une solution à la LOPPSI et enlèvera cette charge aux FAI… Et même comme cela on ne sera jamais sûr de réagir suffisamment tôt pour que cesse ce méchant piratage (je ne parle plus du cas Allochose) alors autant se passer d’un juge, on l’a fait pour la LOPPSI ; et les agent assermentés de l’ALPA et de TMG sont tellement compétents qu’on peut leur faire confiance aveuglément, l’assermentation après tout fut inventée pour ça : un coup de tampon sur un document = confiance aveugle.


Et puis une fois que l’on a mis ça en place et constaté un nouveau recul de 35% du piratage on pourra s’attaquer à tous ces foutus miroirs qui n’auront pas manqué de pulluler et envisager sérieusement le DPI, ultime recours évoqué à demi-mot au point 277 précisant :


« Il faut considérer ces mesures techniques comme un pas de plus dans la lutte contre la contrefaçon sur Internet. Il devra sans doute y en avoir d’autres, que nous ne pouvons pas encore imaginer [ndlr : #feaaaar], parce que nous ne connaissons pas la réaction qu’auront les délinquants. »


On n’est pas sortis de la berge !

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