samedi 24 décembre 2011

Lobbying pour ficher les bons Français

Le 13 décembre dernier, une vingtaine de députés ont adopté, en seconde lecture et dans un hémicycle clairsemé, la proposition de loi sur la protection de l’identité visant à créer un “fichier des gens honnêtes” (sic) de 45 à 60 millions de Français. Il servira de socle à la future carte d’identité électronique. Les parlementaires ont également validé la proposition de Claude Guéant de pouvoir se servir de ce fichier à des fins de police judiciaire, alors que le Sénat s’y était pourtant vertement opposé par 340 voix contre (dont 127 sénateurs… UMP) et 4 voix pour.


Véritable serpent de mer, la question de la modernisation de la carte d’identité a été plusieurs fois débattue ces dix dernières années. La Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont eux décidé, cette année, d’abandonner ou de geler leurs projets respectifs. D’autres pays, comme les Etats-Unis, n’ont pas de carte d’identité. À contre-courant, le projet français illustre aussi des intérêts stratégiques industriels de la France, comme le reconnaît sans ambages Jean-René Lecerf, le sénateur à l’origine de la proposition de loi :


Les entreprises françaises sont en pointe mais elles ne vendent rien en France, ce qui les pénalise à l’exportation par rapport aux concurrents américains.


Le 31 mai, lors de la discussion au Sénat, Jean-René Lecerf soulignait ainsi que “sur la carte d’identité, nous avons été rattrapés, puis distancés par de nombreux États, dont nombre de nos voisins et amis, au risque de remettre en cause le leadership de notre industrie, qui découvrait alors la pertinence du proverbe selon lequel nul n’est prophète en son pays” (voir Fichons bien, fichons français !).


La liste des personnes entendues par François Pillet, le rapporteur de la proposition de loi au Sénat, montre bien l’ampleur du lobbying dont il a fait l’objet : on y dénombre en effet deux représentants du ministère de la justice et six du ministère de l’Intérieur, deux représentants de la CNIL et deux autres du Comité consultatif national d’éthique, un représentant de la Ligue des droits de l’homme, du Conseil national des barreaux et de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales.


Mais pas moins de quatorze représentants du Groupement professionnel des industries de composants et de systèmes électroniques (GIXEL) : trois de Morpho, deux de Gemalto, deux de l’Imprimerie nationale, deux d’Oberthur, deux de ST Microelectronics, un d’Inside Secure, un de SPS Technologies et de Thalès, soit la totalité des 8 membres du groupe cartes à puce du GIXEL. Auquel on ne peut adhérer qu’en déboursant une cotisation forfaitaire de 21 500 euros.



Dans son rapport, François Fillet souligne que les industriels du GIXEL lui ont ainsi fait valoir que “l’absence de projets en France, pays qui a inventé la carte à puce et possède les champions du domaine, ne permet pas la promotion internationale d’un modèle français de gestion de l’identité. Leurs succès à l’international, face à une concurrence allemande ou américaine seront plus nombreux, s’ils peuvent s’appuyer sur un projet concret national“.


Philippe Goujon, le député rapporteur de la proposition de loi à l’Assemblée, évoque lui aussi dans son rapport le lobbying dont il a fait l’objet :


Comme les industriels du secteur, regroupés au sein du groupement professionnel des industries de composants et de systèmes électroniques (GIXEL), l’ont souligné au cours de leur audition, l’industrie française est particulièrement performante en la matière (…) Les principales entreprises mondiales du secteur sont françaises, dont 3 des 5 leaders mondiaux des technologies de la carte à puce, emploient plusieurs dizaines de milliers de salariés très qualifiés et réalisent 90 % de leur chiffre d’affaires à l’exportation. Dans ce contexte, le choix de la France d’une carte nationale d’identité électronique serait un signal fort en faveur de notre industrie.


Menaces pour la France


Dans sa plaquette de présentation (.pdf), le GIXEL, qui se présente comme un “accélérateur d’électronique“, se targue ainsi, au titre des ses “actions spécifiques“, de “préparer la carte nationale d’identité avec l’Administration“.



Un autre document (.pdf) intitulé “France Numérique – L’identité numérique au coeur de l’économie française“, co-signé du GIXEL et de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS, dépendant du ministère de l’intérieur) et daté de juin 2011, présente la Carte Nationale d’Identité Electronique (CNIe) comme un “projet national (qui) permettra de mieux protéger l’identité des Français et d’accélérer le développement de l’économie numérique tant pour le secteur public que privé” :


Les industriels français sont prêts. L’engagement gouvernemental national officialisé et concrétisé par un projet national constituera la référence indispensable pour concurrencer d’autres initiatives portées par d’autres pays.

L’absence actuelle de projet en France laisse le champ libre à d’autres nations, pour imposer de nouvelles normes, des produits ou des services au détriment des intérêts nationaux français et de son industrie.


Evoquant des “menaces pour la France et son industrie“, les auteurs du document estiment que “l’absence de projet national français donne une force incomparable à d’autres pays, qui forts de leur projet national, mettent leurs industriels en position d’exporter leurs solutions basées sur leur carte d’identité électronique” :


Les Etats-Unis ont entamé une réflexion stratégique sur la gestion des identités. Elle impactera les normes et donnera naissance à des solutions technologiques qui pourraient s’imposer aux delà (sic) de leurs frontières. Les pays qui n’auront pas développé la technologie perdront des marchés de produits et services, des emplois et leur gouvernement, de la TVA.



En l’espèce, les Etats-Unis n’ont pas de carte d’identité, et aucun projet de ce type n’est prévu à l’horizon. L’argument du GIXEL, pour qui l’absence de carte d’identité électronique française porterait atteinte à la France et à son industrie est d’autant plus étonnant que trois des quatre premiers acteurs mondiaux des documents électroniques d’identité et de voyage (passeport électronique, carte d’identité, permis de conduire, carte de santé), sont… français, et qu’ils sont donc particulièrement bien placés pour “imposer aux delà de leurs frontières” leurs normes et solutions technologiques, comme le reconnaît in fine le GIXEL quelques lignes plus bas, cherchant ainsi à vanter “l’expertise unique de l’industrie française” :


Oberthur, Morpho et Gemalto fournissent 70% des programmes nationaux dans le monde avec un capital de plus de 150 références.


544 cantines scolaires


Le GIXEL s’était déjà fait connaître pour avoir proposé de déployer des installations de vidéosurveillance et de biométrie dès l’école maternelle, afin d’habituer les enfants à ne pas en avoir peur, ce qui lui avait d’ailleurs valu de remporter un prix NovLang aux Big Brother Awards. Dans un “Livre Bleu” réunissant les propositions des industries électroniques et numériques, paru en juillet 2004 et présentant les “grands programmes structurants” de la filière, on pouvait en effet lire ce passage proprement orwellien :


La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles.



Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter la biométrie. Elles devront être accompagnées d’un effort de convivialité par une reconnaissance de la personne et par l’apport de fonctionnalités attrayantes :




  • Éducation dès l’école maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour rentrer dans l’école, en sortir, déjeuner à la cantine, et les parents ou leurs représentants s’identifieront pour aller chercher les enfants.

  • Introduction dans des biens de consommation, de confort ou des jeux : téléphone portable, ordinateur, voiture, domotique, jeux vidéo

  • Développer les services « cardless » à la banque, au supermarché, dans les transports, pour l’accès Internet, …


La même approche ne peut pas être prise pour faire accepter les technologies de surveillance et de contrôle, il faudra probablement recourir à la persuasion et à la réglementation en démontrant l’apport de ces technologies à la sérénité des populations et en minimisant la gène occasionnée.


Ce même Livre Bleu tenait à préciser que “l’effort pour lutter contre le terrorisme doit être comparé à un effort de guerre comme celui que nous avons consenti pendant la période de guerre froide” et que, en terme d’enveloppe budgétaire, “l’importance de l’enjeu est tel qu’un effort de R&D publique et industrielle comparable en proportion du PIB à celui consenti pour construire la force de dissuasion française de 1958 à 1980 et le soutien à l’industrie correspondant serait une réponse proportionnée au problème“.


Interrogé sur cette diatribe militaire, Pierre Gattaz, fils d’un ancien patron du CNPF, et président du GIXEL, expliqua que qu’”on est de toute façon parti pour augmenter tout ce qui est contrôle de sécurité, de transport, d’identification…, on le voit bien avec les passeports numériques, avec les cartes d’identité ou de santé, où il y a toujours des cartes à puce avec des informations biométriques” :


Nous ne sommes pas là pour savoir si c’est trop ou pas assez, nous sommes avant tout des industriels et nous mettons en place les systèmes et équipements pour servir la police, la justice, et l’armée.


A défaut de savoir si la police, la justice, et l’armée ont bien été servis par le GIXEL, force est de constater que les écoles, elles, sont envahies : six ans seulement après la parution du Livre bleu, 544 établissements scolaires, en France, utilisent des systèmes de reconnaissance d’empreintes biométriques palmaires dans leurs cantines scolaires. Ils étaient 333 en novembre 2009.


Au vu de l’explosion du nombre de demandes, et afin d’éviter d’avoir à les traiter au cas par cas, la CNIL a en effet créé, en 2006, un dispositif d’autorisation unique permettant aux chefs d’établissement de déclarer l’installation de tels systèmes biométriques. Il leur est interdit d’utiliser des systèmes de reconnaissance des empreintes digitales, au profit de la reconnaissance du contour de la main, moins intrusif, et ils doivent fournir un système alternatif à ceux qui refusent la biométrie.


Utilisation massive


Dans un autre rapport intitulé “2012 – 2017 : Le temps de l’ambition“, récemment publié par la Fédération des industries électriques, électroniques et de communication (FIEEC), dont le GIXEL fait partie, on découvre que la filière a de son côté inscrit, dans la liste de leurs “objectifs à 5 ans” le fait de “revoir le corpus législatif pour permettre l’utilisation massive des outils d’identification électronique” et de “déployer la carte d’identité électronique de façon massive” :




  • Avoir revu le corpus législatif pour permettre l’utilisation massive des outils d’identification électronique tout en garantissant les libertés publiques, en lien avec la Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL).

  • Généraliser les outils numériques de gestion et de suivi des flux physiques (marchandises, ports, aéroports, etc.).


La mesure clé à mettre en oeuvre :

Lancer des programmes massifs d’équipements d’outils de sécurité numérique, notamment pour la sphère publique.


Des exemples / pistes de réflexion



  • Sécurité des personnes : déployer la carte d’identité électronique de façon massive.

  • Bâtiments : généraliser les outils de sécurité électronique pour les bâtiments publics, Etat, administrations, collectivités locales.




L’Alliance pour la confiance numérique (ACN), créée par la FIEEC pour “représenter l’industrie de la confiance numérique, en particulier, auprès des pouvoirs publics” et qui réunit notamment Bull, Safran Morpho, Thalès, Orange, Gemalto, Cassidian, CS ou encore la Caisse des dépôts, “se propose d’être l’interlocuteur privilégié sur les questions de sécurité numérique” :


Une très grande partie des outils et des technologies de la sécurité existe déjà et la France a des atouts industriels et de service pour prendre un leadership mondial sur ce marché. En revanche, (…) si peu de marchés de sécurité s’ouvrent en France c’est parce que le sujet a du mal à émerger au niveau des décideurs de manière structurée. Il est nécessaire de développer un marché structuré et solvable.


Dans son dossier de presse (.pdf), l’ACN déplore ainsi que la France adopte souvent “des solutions étrangères alors que la France est très bien placée pour les fournir et les exporter grâce à des technologies reconnues : biométrie, carte à puce, systèmes d’identification ou encore détection d’activité pour la sécurité“.


Elle plaide ainsi, elle aussi, pour le “déploiement effectif, à court terme, de la Carte Nationale d’Identité Electronique“, qualifié de “proposition majeure“, et cite, entre autres “exemples d’apport du numérique“, un certain nombre de “solutions (qui) devront maintenir l’équilibre entre les contraintes perçues comme acceptables par la société et les opérateurs, et le besoin d’augmenter le niveau de sécurité” :


 contrôle d’accès en mouvement, coopératif ou non, avec reconnaissance faciale ou de l’iris ;

 reconnaissance à la volée, faciale ou de l’iris, avec capacité à identifier et localiser ;

et, en terme d’amélioration de l’efficacité de la vidéo-protection :

 la caractérisation sémantique d’individus pour la recherche sur signalement ;

 la détection d’événements anormaux ;

 le développement de l’exploitation de caméras mobiles, embarquées ;

 la vision nocturne, la prise en compte des conditions environnementales difficiles.


Isabelle Boistard, qui fut déléguée au développement du Gixel pendant 11 ans, est aujourd’hui chef de service chargée des affaires économiques à la FIEEC. Elle figure également dans la “liste des représentants d’intérêts” (en clair, des lobbyistes) sur le site de l’Assemblée nationale, tout comme sur celui du Sénat, au titre de déléguée générale de l’ACN, où elle représente également ATT, Bull, Cassidian, CS, France Télécom Orange, IBM, Id3, Gemalto, Keynectis, Morpho, PrimX, Radiall, SAP, Siemens, STS, Thales, Xiring. Yves Legoff, délégué général du Gixel, y représente quant à lui Gemalto, Imprimerie nationale, Inside Secure, Oberthur Technologies, Sagem Morpho, SPS, STMicroelectronics, et Thales Security Systems.




Photos via Flickr sous licences Creative Commons : source

Image de Une à télécharger par Marion Boucharlat et Ophelia Noor pour Owni /-)


Retrouvez les articles de la Une “Fichage des gens honnêtes” :


Takkiedine et Safran fichent la France et la Libye

Vers un fichage généralisé des gens honnêtes

Morpho, numéro 1 mondial de l’empreinte digitale

RDC - SMS bloqués jusqu'à nouvel ordre : les médias et communications dans la tourmente d'une élection contestée

Près d'un mois après les élections générales du 28 novembre 2011, Reporters sans frontières constate avec regret que le climat pour la presse reste délétère en République démocratique du Congo. Aux problèmes de sécurité encourus par les reporters couvrant hier les meetings de campagne et aujourd'hui les mouvements de contestation, s'ajoutent des interpellations de journalistes et des suspensions de médias. A Kinshasa, deux médias proches de l'opposition, Canal Futur Télévision (CFTV) et Radio Lisanga Télévision (RLTV), ont vu leur signal coupé. En province, plusieurs gouverneurs ont interdit aux radios locales de reprendre les programmes des stations internationales.

Déplorant également le blocage, depuis début décembre et "jusqu'à nouvel ordre", des services de messagerie téléphonique, Reporters sans frontières a adressé, le 22 décembre 2011, une lettre ouverte à Adolphe Lumanu Mulenda Buana N'sefu, vice-Premier ministre et ministre de l'Intérieur et de la sécurité de la République démocratique du Congo. Voici le texte de la lettre :

A l'attention de Monsieur Adolphe Lumanu Mulenda Buana N'sefu

Vice-Premier ministre

Ministre de l'Intérieur et de la sécurité

Kinshasa - République démocratique du Congo




Paris, le 22 décembre 2011,

Monsieur le ministre,


Reporters sans frontières, organisation internationale de défense de la liberté d'information, vous presse urgemment de rétablir les services de messagerie téléphonique, bloqués depuis début décembre dans tout le pays.

Votre ministère a ordonné aux opérateurs de téléphonie mobile du pays de suspendre leur service de SMS, le 3 décembre dernier, afin de “préserver l'ordre public et la sécurité des biens et des personnes”, et ce “jusqu'à nouvel ordre”.

Nous sommes conscients des responsabilités qui sont les vôtres et du rôle de votre ministère comme garant de l'ordre public et de la sécurité des citoyens, tout particulièrement en cette période électorale agitée, et parfois violente.

Nous souhaitons néanmoins attirer votre attention sur le caractère liberticide et abusif d'une telle mesure.

Ce blocage total des services de messagerie téléphonique constitue une réaction démesurée de la part de votre ministère, qui n'est pas sans rappeler les pratiques de certains régimes répressifs. En mettant en place une telle mesure, votre pays rejoint la liste de ceux ayant suspendu les télécommunications afin de faire taire les mouvements de contestation, tels que l'Egypte, la Syrie, la Libye ou encore le Kazakhstan. La situation actuelle en République démocratique du Congo est cependant sans précédent, car les perturbations des réseaux de communication, dans les autres pays, n'avaient jamais excédé quelques jours.

Le blocage des services de messagerie téléphonique constitue une grave violation des droits garantis par la Constitution de votre pays et par les traités internationaux relatifs aux droits de l'homme ratifiés par la République démocratique du Congo. Les droits fondamentaux à la libre communication et à la libre circulation de l'information sont bafoués par ce blocage, dont l'impact est d'autant plus important que le service de SMS est un moyen de communication prépondérant dans votre pays, où le taux de pénétration d'Internet est de seulement 1%. Ce bocage a également entravé le travail des observateurs du processus électoral. Enfin, nous rappelons que le réseau joue un rôle indispensable, voire vital, pour la communauté sourde et muette de votre pays. Il sert également d'instrument d'alerte pour les défenseurs des droits de l'homme.

Les répercussions économiques ne sont pas non plus négligeables pour les opérateurs de téléphonie mobile présents en République démocratique du Congo, qui accusent une perte quotidienne totale de 150 000 dollars américains. Leurs représentants ont d'ailleurs adressé un courrier à Louis Koyagialo, vice-Premier ministre et ministre des Postes, transports et télécommunications, le 15 décembre 2011, pour le prier de lever la suspension des services de messagerie téléphonique. Une requête restée vaine, jusqu'à présent.

Au nom de la liberté d'expression et du droit à l'information, notre organisation vous demande de prendre les mesures nécessaires afin de rétablir le réseau de messagerie téléphonique dans les plus brefs délais.

En vous remerciant de l'attention que vous porterez à notre demande, je vous prie d'agréer, Monsieur le ministre, l'expression de ma haute considération.

Jean-François Julliard


Secrétaire général de Reporters sans frontières







Voir aussi la déclaration du Réseau national des ONGs des droits de l'homme de la République démocratique du Congo (RENADHOC), en date du 22 décembre 2011, concernant cette suspension prolongée des SMS (document PDF attaché).




Photo : Adolphe Lumanu (Radio Okapi)

Pour son après-Hadopi, François Hollande pourrait légaliser le P2P

Rien n'est encore joué. Mais s'il décide de faire confiance aux conseillers qu'il a désigné pour s'occuper des questions de culture, François Hollande devrait proposer pendant la campagne électorale d'abroger l'Hadopi et d'autoriser les échanges "hors-marchand". Concrètemet, la circulation des oeuvres hors des plateformes commerciales serait autorisée, contre le paiement par les internautes d'une rémunération forfaitaire dont le montant est encore inconnu. [Lire la suite]

The Pirate Bay : la cour suprême suédoise se décidera en 2012

The Pirate Bay saura l'an prochain si la cour suprême suédoise se penchera sur son dossier. La plus haute juridiction du pays a en effet reporté à 2012 sa décision d'accepter ou non le pourvoi des condamnés. The Pirate Bay a été condamné à deux reprises, en première et deuxième instance. [Lire la suite]

New Tor Browser Bundles

The Tor Browser Bundles have been updated to Firefox 9.0.1. Originally they were updated to Firefox 9 and both changelogs are listed below.

https://www.torproject.org/download


Tor Browser Bundle (2.2.35-3)



  • Update Firefox to 9.0.1


Tor Browser Bundle (2.2.35-2)



  • Update Firefox to 9.0

  • Update Torbutton to 1.4.5.1

  • Update Noscript to 2.2.4

  • New Firefox patches


    • Provide client values only to CSS Media Queries and disable several Mozilla extensions that seem fingerprintable


jeudi 22 décembre 2011

L'anarchie, ce n'est pas le bordel !

Les médias font toujours tout pour amalgamer et confondre l'anarchie avec le désordre, le bordel ... alors que c'est exactement le contraire : l'anarchie place l'homme au centre des préoccupations de chacun alors que le capitalisme nie la vie de l'homme et considère celui-ci comme une vulgaire marchandise soumise aux règles de la production, de la concurrence et de la consommation. L'anarchie c'est la démocratie directe, la forme la plus parfaite de (...) - Politique






Vidéosurveillance : ce n'est pas parce que les caméras ne servent à rien qu'il ne faut pas en rajouter

Si les caméras de vidéosurveillance ne servent presque à rien et ne permettent que rarement d'identifier ou d'interpeller des suspects, elles n'en déportent pas moins la délinquance vers d'autres zones, non vidéosurveillées. Résultat : les habitants de ces zones non couvertes par les caméras développent un sentiment d'insécurité et… réclament des caméras. (...)
Source: Bug brother

Démocratie 3.0 : pas bien loin du Reich V.4…

(C’est la lecture de cet article sur une « entreprise innovante » qui a été le moteur de ce que vous allez lire. Parce qu’à force d’observer le « monde libre » glisser en douce vers les pires sociétés totalitaires futuristes, il y a un moment où on a envie de dire stop…)



« Demain, des robots patrouilleurs pour seconder les vigiles ». C’est le titre de l’article. Chouette alors, j’en rêvais et ils l’ont fait, elle est pas belle la vie moderne du début du XXIème siècle ? Tellement chouette qu’un peu d’histoire est nécessaire. Parce que tout est lié, rien n’est anodin, il n’y a pas de fumée de sans feu et les carottes sont (presque) cuites.


La loi sur la rétention de sureté : un signe des temps


La Démocratie dont parlait Kitetoa dans un article récent trouve encore quelques soutiens prêts à la défendre, c’est vrai. Mais la Démocratie c’est aussi (et surtout) un consensus sociétal scellé par des lois (liberticides parfois, si, si). On peut avoir une Démocratie (remarquez le grand « D ») qui exécute des adolescents ou des malades mentaux par exemple. C’est le cas de la plus grande d’entre toutes, les United State of America. Une autre démocratie peut décider de voter une loi de « rétention de sûreté », c’est-à-dire d’allonger au delà de la peine, l’emprisonnement de celui qui aura pourtant payé sa dette en subissant son…emprisonnement. Cette forme de refus de la capacité d’une société d’accepter qu’une fois la peine accomplie, certains individus ne peuvent plus être déclarés de nouveau des citoyens comme les autres et doivent encore être maintenus en détention, sous prétexte qu’on estimerait leur « dangerosité trop élevée » a été appliquée en Allemagne en 1933. La loi sur la Sicherungsverwahnung avait comme objet de lutter contre « les récidivistes dangereux » en vue d’assurer « la sécurisation de la société ». Le chancelier de l’époque l’avait donc signée. Il s’appelait Adolphe Hitler.


En France, en janvier 2008, a été votée la loi sur la rétention de sûreté, la même que celle de l’Allemagne de 1933. Elle s’exprime de la manière suivante : « cette personne peut, à compter du jour où la privation de liberté prend fin, faire l’objet d’une rétention de sûreté lorsqu’elle présente, en raison d’un trouble grave de la personnalité, une particulière dangerosité caractérisée par la probabilité très élevée de commettre à nouveau l’une de ces infractions. » Les termes sont les mêmes, les raisons invoquées identiques. Le rapporteur des lois de l’UMP avait d’ailleurs invoqué, au moment où un débat s’était installé à propos de la loi, que celle-ciexistait en Allemagne. Le Canard enchaîné avait découvert par la suite la signature d’Hitler sur ce texte…


Pas besoin de dictateur pour créer une dictature


Si un faisceau de présomptions est réuni pour nous inciter à la plus grande vigilance vis à vis de l’orientation générale de la société sécuritaire de surveillance dans laquelle nous vivons, soyons honnêtes avec la réalité qui nous entoure : la Démocratie tant aimée n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ils s’en trouveront pour venir clamer que « si tu peux toujours dire ce que tu dis sur Reflets, c’est qu’on est en démocratie« , et venir expliquer « qu’on ne peut pas comparer notre société avec celle de 1984 de Georges Orwell, parce que tu comprends, 1984 c’est une dictature, et la notre, ben c’est pas une dictature« . Non, ami internaute, la société de 1984 n’est pas une dictature : c’est une société de propagande, où le langage est détourné par le biais de la novlang, c’est à dire une langue de bois qui retourne les concepts. Tout le monde est consentant dans 1984. Pour le bien de tous. Dans 1984, Le ministère de la vérité est en fait un ministère de la propagande qui modifie l’histoire pour la faire coller avec les discours du pouvoir en place. Comme un ministère de l’immigration et de l’identité nationale s’est préoccupé de mettre en camps de rétentions des « quotas d’étrangers en situation irrégulière » pour les expulser avec des méthodes que certains n’auraient pas reniées au pays de la Sicherungsverwahnung, quelques années après son application.


Où est l’immigration : la possibilité de mettre en camp et de déporter vers leur pays (supposé) d’origine les indésirables ? Et l’identité nationale : une capacité à brimer et se débarrasser de tout ce qui n’est pas labellisé français ? Petit retour historique : « les Nazis supprimèrent les libertés individuelles et proclamèrent l’avènement d’une « Communauté du peuple » (Volksgemeinschaft) – une société organique qui, en théorie, transcenderait les différences de classe et de religion. » Une forme de super-laïcité coulée dans l’identité nationale. Formidable. Quelle inspiration !


Le fond de l’affaire sur notre époque, définitivement moderne, reste l’acceptation de la part de la population d’une succession de systèmes à la fois répressifs et de contrôle social, sujet que l’auteur a déjà abordé il y a peu à propos du fichage généralisé qui s’opère au niveau européen. Pouvoir exprimer son opinion, son indignation, si ces expressions n’amènent aucuns changements dans le monde réel, ni mouvements concrets qui pourraient déstabiliser le pouvoir en place, n’a pas lieu d’être réprimé dans cette nouvelle société. L’acceptation est le cœur de la démocratie 3.0 qui s’annonce : une nouvelle version de la Démocratie, riche d’innovations, où votre capacité à vous rebeller sera conditionnée à l’aune de votre potentiel de nuisance dans le monde physique et décidée par le système mis en place. Tout ça dans une sensation de sécurité générale complète, dans un monde plutôt tranquille et sans beaucoup de problèmes pour vous. Enfin, si vous n’êtes pas de type méditerranéen ou noir de peau. Et si vous ne bronchez pas trop.


Comment préparer la « démocratie 3.0″ à la 1984 en douceur


Juste pour illustrer le propos, une petite liste des possibilités du pouvoir (quel qu’il soit) mises en place grâce à la LOI DE PRÉVENTION DE LA DÉLINQUANCE (LPD, MARS 2007) (extraits de « Big Brother Awards, Les surveillants surveillés« , éditions Zones (les commentaires en texte normal sont de l’auteur).


– Création de fichiers municipaux sur les enfants scolarisés et sur les personnes soignées par des psychiatres dans la commune.


Le pouvoir hitlérien s’est en premier lieu occupé des malades mentaux. Mais bien entendu, nous sommes dans une démocratie, nous ne risquons rien.


– Possibilité pour la justice d’intervenir avant qu’une infraction soit commise…


La prédiction comme méthode judiciaire.


– Enregistrement des communications passées par les prisonniers (sauf avec leur avocat).


Le prisonnier n’est plus un citoyen couvert par l’obligation du respect de la vie privée.


– La provocation à la rébellion (par tout moyen, presse, affiche, cri, etc.) est désormais passible de deux mois de prison et d’une amende de 7 500 euros. Les mêmes règles que pour les délits de presse s’appliquent pour déterminer les responsables (le responsable de la publication d’un site Internet peut donc être inquiété).


Ah ben oui, amis internautes, si pour l’heure le site Reflets.info peut encore dire ce qu’il pense, la loi a déjà prévu de lui faire fermer son bec à un moment ou un autres…si nécessaire.


– Le maire est chargé de coordonner la politique de prévention de la délinquance impulsée par le préfet. Il peut mobiliser les services du conseil général (travailleurs sociaux), notamment au sein des conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance.


Les travailleurs sociaux (comprenez éducateurs) comme agents de la répression. C’est beau.


– Les travailleurs sociaux doivent « partager » le secret professionnel, entre eux et avec le maire et le président du conseil général.


Les travailleurs sociaux comme balances des jeunes : efficace dans un système sécuritaire et policier bien que totalement antinomique avec leur mission.


– Les parents de mineurs délinquants peuvent être condamnés à des stages de responsabilité parentale pour de nombreuses infractions.


Criminaliser la désespérance sociale : formidable pour bien tenir en laisse les plus démunis.


– Création de fichier automatisé des absences dans l’Éducation nationale, sur la base duquel le maire peut prononcer des sanctions.


Ficher les jeunes pour pouvoir les « suivre » (comprenez pister) par la suite : judicieuse méthode de surveillance sociale généralisée dès le plus jeune âge.


– Urbanisme sécuritaire : obligation d’une étude de sécurité publique, dont l’avis est déterminant, pour certains types de constructions. Cette étude n’est pas communicable aux « citoyens ».


Ah ben oui, on ruse entre les murs de la cité pour pouvoir tous vous tenir à l’œil, mais on ne vous dit pas comment.


– Un bail peut désormais être résilié par le bailleur si « le preneur n’use pas de la chose louée en bon père de famille » (sic). Dans la qualification des nuisances au voisinage, le « bruit » devient les « troubles », sans plus de précision, et les propriétaires peuvent et doivent faire cesser les fauteurs de troubles.


Le Maréchal Pétain n’est pas loin, n’est-ce pas ? Dénonce ton voisin qui « trouble » son voisinage, il se fera virer par son proprio.


– Renforcement du contrôle des gens du voyage.


Ah, les Tziganes, déjà le petit moustachu les avait dans le nez. C’est vrai, ils volent les poules et puis ils arrêtent pas de bouger. Impensable autant de liberté !


– Les hébergeurs de sites Internet et fournisseurs d’accès doivent participer à la lutte contre la diffusion d’incitation à la violence (disposition visant directement les blogs d’adolescents diffusant des appels à affronter les policiers).


Ah, ah, ah : on y est. La démocratie 3.0 mon grand, c’est quand tu kiffes ta copine sur Facebook, mais si t’essayes de t’en servir pour appeler à la révolte, les FAI sont inclus dans la loi pour devenir tes meilleurs délateurs…


– Le fait de filmer des violences est un acte de complicité, qui fait encourir la même peine que l’auteur de l’infraction (sauf si on est journaliste ou que l’enregistrement est destiné à servir de preuve en justice). La diffusion de ces images est passible de cinq ans et 75 000 euros.


Attention : le devoir citoyen face à des répressions policières démesurées est désormais passible de prison. On pense aux émeutes de Los Angeles de 1992 : en France, celui qui filmerait le tabassage en règle du black par les flics serait en taule. Appréciez tranquillement la chose.


– Remise en cause de soixante années de justice des mineurs et des acquis de la Libération : institution de procédures de comparution immédiate pour des enfants, création d’une peine d’initiation au travail dès treize ans.


Les lois de 1945 pour la protection de la jeunesse (issues pour la plupart du conseil de la résistance) sont explosées : tout un symbole qui disparaît. Mais pas n’importe lequel.


– Mise en place d’une « police municipale des familles », des jeunes et des personnes fragiles, aussi discriminatoire que la plupart des lois répressives votées au cours de cette législature : ce sont les familles le plus en difficultés sociales et éducatives qui sont visées par les procédures de culpabilisation et de sanction… au nom d’une conception de la « prévention » ainsi résumée : « La meilleure éducation, c’est la sanction. »


Sans commentaire.


– Création d’un « Conseil pour les droits et devoirs des familles » (sic) présidé par le maire et chargé de l’« accompagnement parental » des familles dont les enfants sont susceptibles de devenir délinquants ; communication au maire, élu politique, d’informations concernant la vie privée des familles ; politisation de l’exploitation du travail social. A été disjointe une disposition qui donnait pouvoir au maire de prononcer des placements en hospitalisation psychiatrique d’office sur simple « avis » d’un médecin, sans que soit exigé un certificat médical (alors que presque partout en Europe cette mesure ne peut être décidée que par un magistrat indépendant des autorités politiques).


Travail-Famille-Patrie. Le tout accompagné par des mesures de surveillance étatique des populations socialement défavorisées et la simplification de l’enfermement des « fous ». Autant dire, vous ou moi.


– Création d’une sorte de milice baptisée « service volontaire citoyen de la police nationale ».


La milice, c’est formidable, c’est moderne, c’est efficace : surveillez-vous les uns les autres, nous on compte les points.


La plat de résistance : la technologie comme couvercle indispensable pour mitonner tout ça


Oui, parce que cet article est le fruit d’une cogitation suite à la lecture d’un article sur les robots intelligents qui vont bientôt patrouiller avec les vigiles. Reflets vous parle depuis ses débuts des technologies de surveillance déjà en place. Bien. Mais dans le même temps la fascination des foules pour les technologies s’est accrue, leur acceptation s’est généralisée. Au point que tout est désormais possible pour les pouvoirs en place. Le rêve d’une société technologique totalitaire n’est pas loin. Pour illustrer ce propos, regardons cette vidéo :



Mais au delà de la prouesse technologique, quelques questions sur les robots militaires (ou robots flics) :



Chers lecteurs, la France voulait apporter « ses compétences en matière de sécurité » à la Tunisie au moment de la révolution, pour aider Ben Ali à mieux contrôler et réprimer sa population, et bien qu’elle elle n’ait pas eu le temps de le faire, il est clairement établi que le laboratoire de la nouvelle « démocratie 3.0″ est l’hexagone. Une démocratie qui emprunte au IIIème Reich, au gouvernement de Vichy et à 1984. Nous voilà prévenus. A nous d’en tenir compte et tenter d’empêcher que l’ensemble du dispositif ne puisse être entièrement activé : la crise actuelle pourrait être un bon prétexte pour le faire, espérons que nous serons encore assez en forme pour dire « stop » à temps…

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Temporary Website Outages

As of late last night 20 Dec (GMT-5) our website hosting provider is


experiencing a sustained attack. The attack is not directed at Tor, but

someone else on the same network. The effect is that parts of our

website infrastructure are intermittently unreachable. This includes

the following domains in torproject.org: www, trac, gitweb, doxygen,

cloud, svn, and check.


The most visible outage is check.torproject.org. Every Tor Browser

Bundle user will attempt to reach this url on start up. You are

currently seeing a browser-generated timeout message as the site is

unreachable.


We're working to setup a new instance of check.torproject.org on a

different machine today.


Originally posted to tor-talk, https://lists.torproject.org/pipermail/tor-talk/2011-December/022457.htm...

mardi 20 décembre 2011

Après l'Elysée, la RIAA suspectée de pirater sur BitTorrent

Les adresses IP de la RIAA et du département de la sécurité intérieure des États-Unis ont été retrouvées sur le site You Have Downloaded, spécialisé dans la collecte d'informations sur les téléchargés illicites opérés par BitTorrent sur les trackers publics. Cependant, la méthodologie et l'éventualité d'une injection d'adresses IP commandent la plus grande prudence face à ces révélations. [Lire la suite]