samedi 11 février 2012

mercredi 8 février 2012

Who’s fucking Next ?

Ce matin, c’est PCInpact qui nous apprenait que Claude Guéant revenait à la charge sur la censure de Copwatch, et ce, de manière bien plus violente puisque le ministre a demandé la censure par blocage, non pas des pages, mais de l’intégralité des sites miroirs. Une demande particulièrement choquante, puisqu’elle s’effectuerait au doigt mouillé, sans décision de justice ! Sur simple demande du ministre de la police ! Numerama explique que la formulation est assez large pour inclure un site de presse qui reprendrait une information du site copwatch, et ainsi se retrouver sous le coup d’une censure par blocage de son nom de domaine ! Odieux ! L’ami Sebsauvage a d’ailleurs reçu une assignation en référé l’invitant au retrait des contenus sous peine de se faire bloquer son domaine. Sebsauvage mirrore aussi Reflets.info, nous nous sentons donc directement concernés. Cependant Reflets.info a une pensée émue pour Claude Guéant quand il découvrira les URL Tor et I2P qui hébergeront bientôt copwatch… bon flamby à toi Claude.


Streisand.me est donc de fait devenu illégal en France. Streisand.me, une initiative de Telecomix, héberge de nombreux sites de défenseurs des droits de l’Homme censurés dans leur pays. Par cette action, Claude Guéant couvre de honte la nation des Droits de l’Homme, une fois de plus.


Députés d’opposition, c’est le moment ou jamais de montrer votre attachement aux valeurs de la République, voilà ce que le ministre de l’intérieur est en train de censurer.


Et puis c’est la CNIL qui en rajoute une couche en s’attaquant au site NosDeputés.fr, l’observatoire citoyen de la vie parlementaire, édité par le collectif Regards Citoyens, un des pionniers hypers actifs de l’Open Data en France. L’OpenData, l’homo-piliticus, il aime surtout quand ça ne le concerne pas. Il a donc passé un petit coup de fil à la CNIL pour lui demander de se prononcer. La CNIL déclare ici que le site est soumis « au respect de la loi informatique et liberté« , jusque là rien de choquant, mais que ceci implique, qu’à ce titre, tout parlementaire peut exiger la modification ou le retrait des données le concernant et surtout, concernant son activité publique, dans le cadre de son mandat ! Citoyens, vous avez le droit de voter pour des feignasses mais il ne faut surtout pas que vous le sachiez !


« Les éditeurs de ces sites sont également tenus de respecter les droits d’accès et de rectification que la loi Informatique et Libertés reconnaît à toute personne physique dont les données font l’objet de traitements. Ils doivent ainsi répondre à l’ensemble des demandes tendant à l’exercice de ces droits par les élus, en particulier de leur droit d’exiger la modification ou la suppression des informations qui sont inexactes, incomplètes ou périmées. »


Ainsi tout député pourrait arguer d’une information incomplète ou périmée pour exiger le retrait d’informations pouvant directement influer sur la décision d’un citoyen au moment de passer dans un bureau de vote. C’est assez large pour permettre à tout parlementaire d’exiger la censure de son activité au service des citoyens. Selon la CNIL, NosDéputés est aussi tenu d’informer personnellement chaque parlementaire de son intention de publier des informations le concernant et de déclarer le traitement fait des données.


NosDéputés.fr est en ligne depuis plusieurs années, nous ne pouvons que nous étonner d’une étrange coïncidence : pourquoi la CNIL se réveille t-elle à quelques semaines des élections législatives ?


Demain, il sera trop tard…


« Quand ils sont venus chercher les communistes,

Je n’ai rien dit,

Je n’étais pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,

Je n’ai rien dit,

Je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les juifs,

Je n’ai pas protesté,

Je n’étais pas juif.

Quand ils sont venus chercher les catholiques,

Je n’ai pas protesté,

Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher

Et il ne restait personne pour protester. »


Martin Niemöller


flattr this!

lundi 6 février 2012

Les plans répressifs de la Commission européenne au-delà de l'ACTA

Paris, le 6 février 2012 – La Commission européenne défend sans relâche ACTA, l'accord commercial anti-contrefaçon, qui provoque une vague d'opposition en Europe et au-delà. En présentant ACTA comme un accord sans danger, la Commission ouvre la voie à une politique de protection du droit d'auteur ultra-répressive, comme le révèlent des documents tout juste publiés. Les citoyens européens et leurs représentants élus doivent dénoncer cette dangereuse dérive du processus politique, vouée à saper les libertés en ligne et la structure même d'Internet, et exiger en lieu et place une réforme approfondie du droit d'auteur.

La semaine dernière, Neelie Kroes (Commissaire européenne en charge de l'Agenda numérique) et Viviane Reding (Commissaire européenne en charge de la Justice, de la Citoyenneté et des Droits fondamentaux), ont toutes deux apporté leur soutien à ACTA, épaulant Karel De Gucht, Commissaire européen chargé du Commerce international, dans sa promotion auprès du Parlement européen de cet accord illégitime. Le commissaire De Gucht a passé beaucoup de temps en lobbying au Parlement européen la semaine dernière, rencontrant divers groupes politiques pour les convaincre que l'opposition à ACTA est fondée sur de la désinformation, et que le Parlement doit accepter cet accord.



Voir Neelie Kroes et Viviane Reding rester ainsi indifférentes aux nombreuses critiques exprimées contre ACTA est très préoccupant. Comme le souligne La Quadrature dans un document1 participatif, les arguments avancés par les Commissaires européens en faveur de l'ACTA ne résistent pas à l'analyse.


Plus dérangeant encore, sans même attendre la décision du Parlement européen d'accepter ou non ACTA, le Commissaire Michel Barnier, en charge du Marché intérieur, fait déjà pression en faveur de nouvelles mesures répressives en matière de droit d'auteur, similaires à celles prévues par les lois SOPA et PIPA aux États-Unis. Une feuille de route récemment publiée sur la révision de la directive IPRED2 confirme que la Commission souhaite se concentrer sur les infractions en ligne, utilisant ACTA pour mettre en place des mécanismes de censure privée dans le droit européen3.


Le document laisse entendre que le retrait extra-judiciaire et expéditif de contenu en ligne, l'embargo financier contre des sites prétendument en infraction et même des mesures de filtrage du trafic Internet4 sont à l'étude, sous couvert de coopération entre les acteurs d'Internet et les industriels du copyright5. De plus, il y a une volonté claire d'étendre le champ des sanctions par une définition de l'« échelle commerciale » qui inclurait toute activité pouvant être considérée comme entraînant une perte de revenus pour les majors du film et de la musique6.


« La Commission européenne essaie de contourner la démocratie pour imposer des mesures répressives qui seront rendues inévitables par l'ACTA. Alors que Michel Barnier travaille déjà à la mise en œuvre des dispositions répressives contenues dans ACTA à travers la révision d'IPRED, les Commissaires De Gucht, Kroes et Reding demandent au Parlement d'accepter ACTA comme s'il s'agissait d'un accord inoffensif. En vérité, la Commission tente d'imposer l'agenda des industriels pour faire appliquer un droit d'auteur, des brevets et un droit des marques par des sanctions pénales extrêmement sévères et des mesures extra-judiciaires. », déclare Jérémie Zimmermann, porte-parole de l'organisation citoyenne La Quadrature du Net.


« Ce qu'il faut, ce n'est pas une répression plus dure encore, mais un débat ouvert sur la manière dont réformer positivement un droit d'auteur qui est de plus en plus contraire aux droits fondamentaux et à l'innovation. S'il était ratifié, ACTA créerait des obstacles majeurs à toute réforme. Les citoyens européens doivent continuer à appeler leurs représentants élus à rejeter l'ACTA. C'est la seule manière de mettre fin à cette véritable fuite en avant répressive et développer un cadre positif pour les activités créatives dans l'environnement numérique et les nouvelles pratiques culturelles. » déclare Philippe Aigrain, co-fondateur de La Quadrature du Net.



Contactez les parlementaires européens, et assurez-vous qu'ils comprennent vraiment ce qu'est ACTA. Visitez notre page de campagne dédiée.



  • 1. https://www.laquadrature.net/wiki/Counter-Arguments_Against_ACTA

  • 2. Voir notre dossier sur IPRED : http://www.laquadrature.net/fr/directive-anti-partage-ipred

  • 3. Selon ce document, « l'anonymat sur Internet, sa nature transfrontalière et ses services adaptés à l’utilisateur et au consommateur, accessibles partout dans le monde, ont créé un environnement en ligne où les auteurs d'infractions sont difficiles à identifier, les preuves numériques difficiles à conserver, les dommages dus aux ventes en lignes difficiles à évaluer et où, après avoir été découverts, les contrevenants “réapparaissent” rapidement sous un nom différent ». Voir : http://ec.europa.eu/governance/impact/planned_ia/docs/2011_markt_006_rev...

  • 4. Comme l'article 27 de l'ACTA, IPRED prévoit déjà des mesures pour « prévenir les infractions futures ». Il semble que la Commission veut imposer des mesures ad hoc pour empêcher les infractions.

    Lors d'une audition du Parlement européen sur les marques déposées en janvier, Jean Bergevin, chef de l'unité pour l'application des Droits de Propriété Intellectuelle, a fait remarquer que le blocage par DNS était étudié comme dernier recours quand l'application du droit civil ne permettait pas d'empêcher l'infraction.

  • 5. La « coopération » est un terme inventé pour désigner des mesures extra-judiciaires. ACTA encourage une telle coopération pour s'attaquer au contenu en ligne prétendument en infraction (article 27.4). La feuille de route du document relatif à IPRED précise :

    «  Des mesures complémentaires sous la forme d'outils de "soft-law" conçus pour interrompre la chaîne de valeur des contrefacteurs et accroître la coopération entre détenteurs de droits de propriété intellectuelle et les intermédiaires (ie : fournisseurs de service internet, transporteurs et coursiers, fournisseurs de services de paiement etc.) ne peuvent être exclues » (traduction par nos soins, original : “Complementary measures in soft-law instruments designed at disrupting the business/value chain of counterfeiters and at increasing the cooperation between intellectual property rights holders and intermediaries (e.g. internet service providers, shippers and couriers, payment-service providers etc) could not be excluded”).

    Ceci reprend clairement les provisions de SOPA et PIPA. Dès notification par les industries du divertissement, les moteurs de recherche, fournisseurs de services financiers et régies publicitaires se verraient interdits de fournir des services ou de contracter avec les sites visés, sans décision judiciaire. Pour une analyse de ces dispositions dans les projets de loi américains, voir :

    http://benkler.org/WikiLeaks_PROTECT-IP_Benkler.pdf (en anglais).

    Pour en savoir plus sur la récupération du mot « coopération » par les politiques d'application du droit d'auteur : http://www.laquadrature.net/wiki/Cooperation


  • 6. Voir les contre-arguments aux déclarations de la Commission selon lesquelles ACTA ne concerne que la contrefaçon à grande échelle : https://www.laquadrature.net/wiki/Arguments_Against_ACTA#.22ACTA_does_no... (en anglais)

dimanche 5 février 2012

USA, pays de la liberté ? De terroriste à révolutionnaire ou hacker

Ce 2 février, le directeur du FBI Robert Mueller a déclaré : « La cyber menace risque de surpasser la menace terroriste pour les années futures ». Mais qu’est ce qu’un terroriste outre atlantique ? Et un terroriste d’Internet plus exactement ?
Après un bref rappel sur la position aux Etats-Unis concernant Internet et quelques données sur les Etats-Unis. Nous nous intéresserons à la curieuse position du FBI concernant la cyber menace sur la base d’un document officiel.
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Ctvar threats
Les Etats-Unis, un pays qui dépasse ses frontières
Pour rappel, le gouvernement américain a ratifié pas le biais de sa marionnette « Obamoa » le NDAA (National Defense Autorisation Act) le 31 janvier 2011. Bonne année 2012 ! Ce traité permet notamment au gouvernement des Etats-Unis d’appréhender n’importe quelle personne (américaine ou non), n’importe où, pour la garder en détention indéfiniment, sans charge ni procès. Guantanamo maintenant c’est où ils veulent, quand ils veulent.
Suite aux différents traités en cours ayant vocation à sanctionner bien plus violement les violations des copyrights, La cyber menace va donc s’accroître à mesure que les droits sur la propriété intellectuelle (et donc surtout des majors) augmentent.
En d’autre terme, si les traités ou lois SOPA PIPA et ACTA sont ratifiés, rien n’empêchera le FBI de débarquer chez vous légalement, comme ceux-ci ont appréhendé un Allemand en nouvelle Zélande dans l’affaire de Kim DotCom. Rien ne les empêche de saisir les serveurs d’un site avec 50 millions d’utilisateurs journaliers… Surtout s’ils contribuent à gêner la progression économique des Majors ou les superproductions hollywoodiennes. D’ailleurs les concurrents de MegaUpload comme Video BB et autres l’ont vite compris en déréférençant leurs contenus trop sensibles qui contrevenaient aux droits d’auteurs américains.
De plus, on ne sait plus trop qui dirige quoi à Washington. Entre banques, grosses entreprises pétrolières, télécommunications, Foods Corporations, Pharma, NRA etc… Difficile de s’y retrouver dans la capitale de la grande ploutocratie organisée. On se souviendra juste que les Etats-Unis ont une politique agressive de contrôle du monde et aime s’étendre de manière un peu trop insidieuse. Avec à leur disposition une armée disposant de 1000 bases militaires autour du monde et plus de 800 milliards de dollars de budget annuel. Sans compter des troupes d’élites qui se sont encore illustrées dernièrement en Afghanistan, n’ayant rien de mieux à faire que de pisser sur des cadavres, après s’être déjà illustrées dans les prisons irakiennes… Le tout pouvant s’appuyer sur une « diplomatie » à tendance très patriotique avec en star principale le prix Nobel de la paix 2009... « Yes We Can ».(...)

Les Anonymous : qui sont-ils en réalité ? Ultime réponse...

J'ai lu beaucoup sur Ici (et ailleurs aussi) sur les Anonymous, et sur le désir de chercher à les cerner... J'ai, je crois la véritable réponse... mais patience... je prends à témoin cet article, intéressant, mais qui pose d'autres questions insidieuses entre les lignes. http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/01/31/anonymous-pirates-du-net-aux-multiples-visages_1636744_3224.html J'ai déjà évoqué le fait que je crois voir en les Anonymous le reflet de (...) - Tribune Libre / , , ,






Scientologie, fin d'une escroquerie ?

"Vous devez vouloir à tout moment contrôler chaque personne qui entre dans votre bureau, (...) dès cet instant jusqu'à l'étape finale de la signature du chèque".(Ron Hubbard, inventeur de cette charlatanerie la dianétique et son église « la scientologie) . Les magistrats ont confirmé les peines prononcées en première instance contre les structures parisiennes d e cette secte, amendes de 400.000 et 200.000 euros ont été infligées au Celebrity Centre et sa librairie SEL. (...) - Religions / ,






ACTA : Le Commissaire De Gucht ment au Parlement européen

Paris, le 2 février 2012 – La Direction Générale « commerce » de la Commission européenne est actuellement en plein lobbying au Parlement européen, présentant une vision biaisée et fausse de l'Accord Commercial Anti-Contrefaçon (ACTA) dans le but de juguler l'opposition croissante des citoyens. L'exécutif européen, qui a négocié l'ACTA dans le dos des citoyens, relaie maintenant de façon éhontée le discours des lobbies des industries du divertissement, fournissant un nouvel exemple de collusion coupable avec les intérêts des industriels.

Le Commissaire européen pour le commerce international, Karel De Gucht, a envoyé une lettre aux eurodéputés1, dans laquelle il minimise à nouveau les inquiétudes légitimes exprimées contre ACTA. Un document « Questions-Réponses » y est joint, destiné à aider les députés européens à « rassurer » leurs électeurs.2.


En réponse, La Quadrature du Net a créé un document participatif sur son wiki3 afin d'aider les citoyens à démonter l'un après l'autre les mensonges de la Commission européenne, qui continue de nier les preuves qu'ACTA est un accord dangereux et illégitime.


L'opposition à ACTA n'est pas une simple bulle médiatique, comme semble le croire le commissaire De Gucht. Depuis des mois, ses dangers sont dénoncés par des juristes européens reconnus4, une étude commanditée par le Parlement européen lui-même5, des lauréats du prix Sakharov6, le Sénat méxicain7, des associations professionnelles des télécoms et des médias8, des ONG mondiales comme OXFAM9, Médecins Sans Frontières10 ou Article 1911, mais également par les principaux partenaires commerciaux de l'UE et d'autres encore (voir notre page wiki recensant les critiques contre ACTA12).


« En prétendant qu'ACTA est inoffensif, le Commissaire De Gucht tente de cacher l'immense responsabilité de la Commission européenne dans la mise en place d'un processus de négociation contournant les enceintes démocratiques. Le document de travail joint à la consultation inter-services de la Commission européenne en date du 18 juillet 2007 et relatif à son mandat de négociation13 mentionne la criminalisation du partage sans but de profit entre individus. Voici la vérité derrière ACTA et les citoyens européens descendent dans la rue car ils l'ont comprise. », déclare Philippe Aigrain, co-fondateur de l'initiative citoyenne La Quadrature du Net.


« Le Commissaire européen Karel De Gucht est si proche des lobbies des industries du copyright qu'il reste sourd aux inquiétudes légitimes qui ont été exprimées contre ACTA depuis des années. Afin d'obtenir la ratification d'ACTA, il est prêt à mentir au Parlement européen, en balayant toute preuve qu'ACTA est véritablement une menace à la liberté d'expression en ligne, l'accès aux médicaments, mais également à l'innovation et la libre concurrence. Un tel obscurantisme remet clairement en question sa capacité à œuvrer pour l'intérêt général de l'UE et résonne comme un appel au Parlement à rejeter ACTA. », conclut Jérémie Zimmermann, co-fondateur et porte-parole de La Quadrature du Net.




Qui veut voter pour l’Enfer ?

Citation : “S’il veut conserver sa réputation de libéral, un prince sera contraint de taxer extraordinairement les populations, d’être dur “- Machiavel.


Si l’on entend dire ces temps-ci que le courage politique consiste à infliger autoritairement aux peuples des régressions sociales qu’ils refusent, on entend dire aussi qu’avant une élection il faudrait être fou pour proposer des mesures qui frappent les conditions de vie des citoyens de plein fouet. Dans les deux cas il est vrai, on sous-entend qu’être élu c’est diriger un peuple comme un berger conduit un troupeau, et que le Prince élu prétend savoir seul ce qui est bon pour ses sujets.


Depuis plusieurs jours, des amis me reprochaient de n’avoir jamais lu La stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre, de la canadienne Naomi Klein. A coup de superlatifs, ils m’expliquaient que l’on y trouvait le fil conducteur de plusieurs décennies d’événements planétaires aussi hétérogènes en apparences que des dictatures latino-américaines, des pays mis en faillite par le FMI, des guerres, un tsunami, des pays de l’est qui sombrent dans un capitalisme sauvage, un massacre en Chine…


Je me disais qu’un tel bric-à-brac ne pouvait être éclairant. Ces amis ajoutaient que l’auteur démontrait avec précision qu’une véritable stratégie avait été conçue dans les années 80 aux États-Unis, à Chicago, autour de Friedman, qui consistait à provoquer de véritables catastrophes – ou à profiter de catastrophes aléatoires – pour mettre à genoux des peuples entiers, les apeurer, les résigner à des régressions sociales qui seraient ressenties comme “moins pires” que le sort dans lequel ils se sentaient enfermés. Il est vrai que la façon qu’on avait eue d’endetter délibérément des nations entières, en Afrique ou en Amérique latine, pour exiger d’elles d’affamer véritablement leurs peuples sous peine de mise en faillite totale, m’avait alors comme beaucoup d’autres choqué et stimulé dans mes engagements politiques.


Quelques économistes avaient observé qu’une véritable hyperinflation provoquait les mêmes effets qu’une guerre militaire.


Naomi Klein.


Au Chili ou en Argentine, une explosion de la dette, organisée et planifiée, anesthésia les prétentions des jeunes démocraties. On fit grimper les taux d’intérêt jusqu’à 21% ce qui dévasta des pays entier comme le Brésil, l’Argentine ou le Nigéria, et entraîna des baisses dramatiques des produits exportés, lourdes de conséquences sociales et humaines : 25 chocs entre 1981 et 1983 ; 140 chocs entre 1984 et 1987 !



Plus une situation apparaît désespérée, plus les citoyens acceptent de renoncer à leurs maigres acquis sociaux et démocratiques : déréglementations, privatisations, régressions sociales, sanitaires, salariales, tout apparaît préférable aux catastrophes vécues et annoncées comme autant de tsunamis irrésistibles. Les citoyens horrifiés se débarrassent alors de leurs ambitions et de leurs rêves, et chassent du pouvoir celles et ceux qui les avaient portés en leur nom. Effacer la mémoire, effacer l’espoir d’un meilleur avenir : une guerre totale, une tempête. Comme l’avait fort bien vu Spinoza dès le XVIIème siècle, le secret des régimes autoritaires consiste à “tromper les hommes afin qu’ils combattent pour leur servitude, comme s’il s’agissait de leur salut”.


Alors que ce livre alimentait ma réflexion, quelques épisodes de la campagne électorale pour les présidentielles m’ont interpellé : le Président UMP de l’Assemblée nationale évoquait le programme de François Hollande (pourtant estimé fort timide par bien des citoyens de gauche) comme d’une menace dont “les conséquences économiques et sociales pourraient être comparables à celles provoquées par une guerre”. Diable. Quelques jours plus tard, l’ancien ministre de triste mémoire Claude Allègre, pourtant pourfendeur des pessimistes climatiques, se mettait à appeler à soutenir Nicolas Sarkozy parce qu’il serait un bon capitaine en “pleine tempête”. Dès que le FBI fermait Megaupload, l’Elysée dans un communiqué applaudissait cette offensive contre cette entreprise aux profits “criminels”. Guerre, tempête, crime… Si l’on y ajoute la menace terroriste et la crise de la dette, cela ressemble fort à une adaptation en langue française des scénarios concoctés jadis à Chicago.


Dans ce contexte-là il devient compréhensible qu’en dépit de prévisions électorales plutôt sinistres pour le président sortant, celui-ci ait pris le parti de proposer pire encore : TVA “sociale”, régressions de l’emploi et du pouvoir d’achat, destructions sociales diverses, limitations du droit de grève, etc. La Grèce, délibérément mise en danger de faillite (notamment par son nouveau premier ministre en personne), par ceux-là mêmes qui prétendent la soigner en la sommant de se mettre à genoux et de détruire tous les outils qui lui permettraient de se redresser, est devenue le nouvel enfer promis à tous les peuples d’Europe qui prétendraient préserver leurs acquis sociaux et leur espérance de progrès.


Portrait posthume de Nicolas Machiavel (Niccolò Machiavelli, 1469-1527)par Santo di Tito. Wikimedia Commons/Domaine Public


C’est la nouveauté sur le “vieux continent”, mais une méthode éprouvée sur les autres continents : pour être élu il faudrait être dur, et plus dur encore. Il faudrait, comme le répètent d’autres candidats effectifs ou potentiels (et sans doute moins rejetés parce que moins arrogants) “être réalistes”, “être courageux”, “dire la vérité aux Français”, pour les unir droite et gauche confondues pour sauver le pays.


J’ouvre Le Prince de Machiavel et je lis :


S’il veut conserver sa réputation de libéral, un prince sera contraint de taxer extraordinairement les populations, d’être dur.


Gageons que ce torrent de menaces catastrophiques donnera le la de toute cette campagne.


NB : à lire, pour comprendre les stratégies sous-jacentes des principaux acteurs de cette présidentielle, l’extraordinaire livre de la canadienne Naomi Klein La stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre (2007) traduit par Lori Saint-Martin et Paul Gagné en 2008 aux Editions Leméac / Actes Sud. Une genèse passionnante, érudite et édifiante, étalée sur trois décennies, de cette stratégie du choc, qui surfe de dictatures chilienne ou argentine en fabrication de la dette, en passant par la guerre d’Irak. Au bout de cette analyse convaincante, Naomi Klein fait entrevoir la voie d’avenir : l’ “humble bricolage” des femmes et hommes qui réparent, solidifient, améliorent les matériaux qu’ils trouvent là où ils vivent, et visent l’égalité. A lire aussi, pourquoi pas, Le Prince de Machiavel…



Poster-citation par Marion Boucharlat pour OWNI.

Illustration par Sarai Photography/Flickr (CC-by) et portrait (détail) de Nicolas Machiavel par Santi di Tito [Domaine Public], via Wikimedia Commons

Anonymous publie les comptes-rendus de réunions internes du GUD

Extrait d'un compte-rendu de réunion du GUD Lyon : « Être présent à toutes les soirées ou réunions étudiantes, mettre le côté gentleman fasciste en avant. (…) Inscription des adhérents à des clubs de combat (…) pour instaurer un climat de peur pour les gauchistes. »
Le GUD (Groupe Union Défense) est le principal mouvement étudiant d'extrême droite de ces 40 dernières années, présent aux élections universitaires sous différents prête-noms. Du lourd. Crânes rasés et blousons en cuir, croix celtiques et battes de baseball, et pourquoi pas un casque de moto vissé sur la tête quand ils font le coup de poing. De quoi égayer la vie universitaire, notamment à la fac de droit d'Assas (Paris 2), leur bastion historique. (...)

La Pologne suspend le processus de ratification de l'ACTA

Le premier ministre polonais a évoqué l'hypothèse que son pays ne ratifie pas l'ACTA, évoquant un danger pour la liberté d'expression. Toute la semaine, des manifestations se sont déroulées en Pologne et plusieurs attaques informatiques ont frappé les sites web officiels. [Lire la suite]