mercredi 8 août 2012

Une attaque DDOS empêche les dons à Wikileaks

Une attaque DDOS empêche les dons à Wikileaks:

[Lire la suite]

New Tor Browser Bundles

New Tor Browser Bundles:
The stable Tor Browser Bundles have all been updated to the latest Firefox 10.0.6esr release.
The alpha Tor Browser Bundles have also (finally) been updated with numerous new pieces of software, including the latest Tor release candidate (0.2.3.19-rc).
All users are strongly urged to upgrade.
https://www.torproject.org/download
Tor Browser Bundle (2.2.37-2)
  • Update Firefox to 10.0.6esr
  • Update Vidalia to 0.2.20
  • Update NoScript to 2.4.8
  • Disable Firefox crashreporter
  • Windows: Fix Firefox transparency problems with Aero theme (closes: #4795.)
Tor Browser Bundle (2.3.19-alpha-1)

  • Update Tor to 0.2.3.19-rc



  • Update Firefox to 14.0.1



  • Update libevent to 2.0.19-stable



  • Update OpenSSL to 1.0.1c



  • Update zlib to 1.2.7



  • Update Torbutton to 1.4.6



  • Update NoScript to 2.4.9



  • Update HTTPS Everywhere to 3.0development.5



  • Downgrade Vidalia to 0.2.20



  • Update libpng to 1.5.12
  • Portable I2P Package 2012-07-17

    Portable I2P Package 2012-07-17: Changelog 2012-07-17
    *Updated I2P to v0.9
    *Updated JRE to v7u5
    *Updated Neodatis + Seedless Plugins
    *Updated I2P-Fox to v13.0.1 including all updates for addons
    *Updated Robert to v0.0.34-6

    Download: http://www.uploadmb.com/dw.php?id=1342543599

    SHA-256 : 834F0B2B2E4DB55D35B25D8C02A4EBE4271807C378048C5C5FA9479FE4D1246A

    Please consider a small bitcoin donation.

    Current package contents:
    - I2P (v.0.9)
    - Java Runtimes (v7 update 5)
    - Portable Firefox (v13.0.1) (preconfigured proxy settings + (live)-bookmarks)
    - Addons for firefox: NoScript, RefControl, RequestPolicy, Ghostery
    - Simple I2P Chat (SIC) (v0.1) (simple chat)
    - I2P-Messenger (v0.2.22) (instant messenger)
    - I2P-Bote (0.2.6) (distributed email)
    - Robert (v0.0.34-6) (torrent client with many options, uTorrent-like)
    - PChat (xchat fork configured to connect anonymously to I2P's IRC servers)
    - iMule (v1.4.5) (filesharing program)
    - Seedless + Neodatis plugin
    - GPG + GUI (GPGShell as gui, all tools accessable from tray icon) ***Fixed SHA256 somehow the last character got dropped.

    jeudi 15 mars 2012

    Error 404 Democraty Not Found / ACTA & Internet : RSF place la France sous surveillance

    L’organisation non gouvernementale fondée en 1985, Reporter sans frontière a publié une liste de pays concernant leur positionnement vis-à-vis d'Internet, le 12 mars, journée mondiale contre la cyber-censure. D’une part nous avons les pays « ennemis d’Internet », de l’autre part les « pays sous surveillance ». Nous nous attarderons plus particulièrement sur le cas de la France, placée « pays sous surveillance ». Pour terminer sur l’évolution concernant le traité ACTA (Anti Conterfering Trade Agreement).
    Dans ce rapport, on peut tout d’abord se questionner à la lecture des prolégomènes concernant l’article RSF sur la France : « Le gouvernement a pris le contre-pied de décisions judiciaires ou de recommandations internationales condamnant le filtrage ou la suspension de l’accès à Internet, et ce, dans un contexte de pressions sur les sources des journalistes. La France ne doit pas sacrifier la liberté d’expression en ligne et la neutralité du Net à la tentation sécuritaire ou à la protection du droit d’auteur. »
    En effet le gouvernement français semble vouloir solidifier sa loi hadopi à la lecture de l‘article RSF concernant la France, ce qui est inquiétant. Après s’être vu piraté de tous les côtés et vu son siège tagué, le processus de régulation concernant Internet ne tombe toujours pas.

    Marine Le Pen veut censurer Internet

    Dans une interview à une association ultra-catholique, Marine Le Pen fait un virage à 180 degrés par rapport à ses déclarations précédentes et affirme qu'elle censurera la pornographie à la télévision et sur Internet si elle est élue.
    [Lire la suite]

    Artistes contre le droit d’auteur

    “Rien n’est à nous”, c’est le titre de ce court poème écrit par Henri-Frédéric Amiel en 1880 et paru dans le recueil “Jour à jour, poésies intimes” :

    Source : Gallica/BnF
    Ces quelques vers pourraient paraître anodins, mais ils font écho à des questions fondamentales, comme celle de l’originalité, véritable clé de voûte de l’édifice du droit d’auteur, qui devient de plus en plus problématique à l’heure du retweet, du like, de la curation, de l’agrégation, du remix et du mashup.
    Plus encore, l’expression “domaine commun” employée par le poète est intéressante, car elle renvoie à la fois au domaine public et aux biens communs, deux catégories essentielles pour penser la création et la diffusion de la connaissance aujourd’hui.
    Ce poème enjoint les créateurs à faire une chose qui peut paraître de prime abord presque folle : verser volontairement leurs productions au domaine public par anticipation, avant l’expiration du délai de protection du droit d’auteur. En renonçant à leurs droits de propriété intellectuelle.
    L’hypothèse pourrait sembler purement théorique, mais en cherchant bien , on trouve plusieurs exemples de telles manifestations de générosité de la part de créateurs, parfois prestigieux.

    Léon Tolstoï gratuit

    A la fin de sa vie, l’auteur de La Guerre et la Paix a renoncé à tous ses droits d’auteur par testament, pour des raisons religieuses et pour dénoncer l’état de pauvreté de la Russie. L’édition monumentale de ses œuvres complètes parue de 1928 à 1951 porte sur la page de garde de chaque volume “La reproduction de ces textes est autorisée gratuitement”.

    Portrait de Léon Nikolayevich Tolstoï. Huile sur canvas. 124 × 88 cm. Galerie State Tretyakov, Moscou. Domaine Public via Wikimedia Commons.

    Jean Giono libre de droit

    Giono a écrit en 1953 une nouvelle intitulée “L’homme qui plantait des arbres”, à laquelle il accordait une importance particulière dans son œuvre, dans la mesure où il s’agissait d’un texte militant pour la protection de la nature et la reforestation. Afin que la nouvelle obtienne le maximum de retentissement, il permit sa vie durant les publications et les traductions, sans demander de rémunération. En 1957, il produisit une lettre qui attestait de manière claire de sa volonté de renoncer à ses droits sur l’œuvre.
    Cliquer ici pour voir la vidéo.

    Les affichistes sans maître de mai 68

    La contestation du droit d’auteur faisait partie des slogans de Mai 68. C’est dans cet esprit qu’ont été créées les célèbres affiches du mouvement, au sein de l’Atelier populaire installé dans l’École des Beaux Arts de Paris. Même si on compte certains noms d’artistes célèbres parmi les fondateurs de l’atelier, comme Gérard Fromanger, les affiches sérigraphiées furent volontairement publiées de manière anonyme, pour indiquer leur caractère d’œuvres collectives et “sans maître”.
    Cliquer ici pour voir la vidéo.

    Jean-Luc Godard : “l’auteur n’a que des devoirs”

    A plusieurs reprises, le réalisateur de la Nouvelle Vague a fait des déclarations fracassantes dans lesquelles était sous-entendu qu’il ne reconnaissait pas l’existence de la propriété intellectuelle, notamment à l’occasion de la sortie de son Film Socialisme en 2010, comportant plusieurs extraits de films repris sans autorisation.
    Cliquer ici pour voir la vidéo.

    Nina Paley

    Dessinatrice, réalisatrice de dessins animés et activiste de la Culture Libre, Nina Paley a choisi de placer le blog BD Mimi & Eunice, ainsi qu’une mini-BD dérivée, sous une licence de son invention, le Copyheart, qui exprime un renoncement complet à ses droits d’auteur.
    Cette position ne l’empêche pas par ailleurs d’expérimenter des modèles économiques innovants, comme le don ou le crowdfunding. Elle considère par ailleurs que le problème du plagiat peut trouver d’autres formes de régulation que la propriété intellectuelle.

    Vulnérabilité du domaine public volontaire

    On voit donc que pour des raisons artistiques, personnelles ou politiques, certains créateurs souhaitent que leurs œuvres échappent au droit d’auteur. La difficulté, c’est que ce souhait s’avère souvent difficile à faire respecter et que des phénomènes de réappropriation peuvent survenir, en dépit de la volonté exprimée par l’auteur.
    La veuve de Tolstoï par exemple s’est longtemps battue pour faire casser le testament de l’écrivain afin de pouvoir toucher des droits sur son œuvre.
    La nouvelle de Giono a fait l’objet de réappropriations, certainement après que les descendants de l’auteur aient cédé les droits à un producteur pour réaliser un dessin animé, ainsi qu’à l’éditeur Gallimard, qui s’est appuyé sur ce contrat pour demander le retrait du texte de Wikisource.
    Malgré ses déclarations tonitruantes, les films de Godard ne sont pas libres de droits et il n’est plus en son pouvoir de faire en sorte qu’ils le deviennent. Pour les réaliser, il a dû signer des contrats de cession des droits avec des producteurs, qui en sont devenus titulaires.
    Avec les affiches de Mai 68, un problème inverse s’est posé. En 2005, une campagne publicitaire des supermarchés Leclerc, qui détournait certaines affiches emblématiques, avait fait polémique. Certains avaient alors estimé que malgré le fait que les créateurs de ces affiches ne revendiquaient pas de droits, la campagne violait une forme de “droit moral collectif” sur ces œuvres et qu’elle constituait une atteinte à un bien commun culturel.

    Pour un domaine public volontaire

    Cette fragilité et cette difficulté à construire juridiquement le “domaine public volontaire” est loin d’être anecdotique. En effet, il existe actuellement des masses d’internautes qui procèdent à des versements anticipés de leurs créations dans le domaine public, en alimentant par exempleWikimedia Commons ou Flickr avec des photographies placées sous des licences libres très ouvertes (de type CC-BY par exemple).
    Creative Commons a également mis en place un outil particulier, Creative Commons Zéro (CC0), qui permet de “dédier” une création au domaine public, en renonçant à toute forme de droit de propriété intellectuelle. Au début de l’année, une traduction en français, réalisée par Framasoft et Veni, Vedi, Libri a été publiée, qui permet de se faire une idée du fonctionnement de cette licence, notamment dans le contexte particulier du droit français.
    En effet, en raison de l’inaliénabilité du droit moral, il n’est pas aisé d’admettre en droit français la possibilité d’un versement volontaire au domaine public. Comme l’explique le juriste Benjamin Jean sur le blog de Veni, Vedi, Libri, la licence CC0 contourne cette difficulté en mettant en place un double dispositif de libération des droits :
    “Ainsi, la licence Creative Commons Zero (CC-0) agit en deux temps et traduit l’intention des créateurs d’abandonner tous leurs droits de copie et droits associés dans la limite offerte par la loi ou, lorsqu’un tel acte est impossible, d’opérer une cession non exclusive très large. De cette façon le domaine public et le domaine du libre se rejoignent pour ne faire qu’un”.
    La licence CC0 est donc une étape dans la reconnaissance de ce “domaine public volontaire”, à laquelle le Manifeste du Domaine Public du réseau Communia avait appelé en 2010.

    PS : comme décidément “rien n’est à nous”, je remercie Walter Galvani, alias @at_waloo, de m’avoir signalé l’existence du poème d’Henri-Frédéric Amiel qui m’a donné envie d’écrire ce billet.
    PS2: si vous connaissez d’autres cas de renoncement volontaire au droit d’auteur, n’hésitez pas à les indiquer en commentaire de ce billet !

    Photos et illustrations :

    Illustration principale de la chronique du copyright par Marion Boucharlat pour Owni /-) ; Portrait de Tolstoï par Ilya Repine [Public domain], via Wikimedia Commons ; Bd Mimi & Eunice, épisode  “Permission” par Nina Paley ; Confection de batik par Stereo Sky (CCbyncnd) via Flickr ; Affiche originale 1968 CRS SS par jonandsamfreecycle (CC-byncsa) via Flickr

    Avoid risk and protect online identity

    A number of good blog posts have been written about how you can avoid risk, protect your online identity, blog safely and so on. We decided to collect links to some of these posts so that you can easily find the information most relevant to you.
    How to Blog Safely (About Work or Anything Else) is a guide written by the EFF. The guide talks about how you can use Tor to blog anonymously, and offers a few simple precautions to help you maintain control of your privacy.
    Blog Stalkers – Personal Safety for Bloggers is a post written by Darren Rowse. The blog post tells the story of how Rowse had to deal with a stalker for some time, and lists some things to consider regarding the information you reveal online about yourself and your family.
    Anonymous Blogging with WordPress & Tor is a guide written by Ethan Zuckerman for Global Voices Advocacy. The guide walks you through how you can use Tor, WordPress and various free email accounts to blog anonymously.
    Defending Privacy at the U.S. Border: A Guide for Travelers Carrying Digital Devices is a guide by the EFF. The guide explains why your devices can be searched at the border, how the U.S. Government searches devices, and gives advice on how to protect your data.
    HTTPS Everywhere is a Firefox and Chrome extension that encrypts your communications with many major websites, making your browsing more secure. HTTPS Everywhere is a produced as a collaboration between The Tor Project and the EFF.
    Safety tips on blogging from Microsoft. This short guide lists some basic guidelines for bloggers, and also gives some advice to parents about how they can talk to their kids about the Internet and blogging.

    mardi 13 mars 2012

    Une stratégie, au travers et au-delà de l'ACTA

    Les événements de ces deux dernières semaines ont radicalement altéré le cours du débat sur ACTA et de sa procédure de ratification, tant au niveau européen que des États membres. La pression citoyenne colossale a eu un effet incontestable et a modifié l'équilibre des forces en présence. De peur qu'ACTA soit rapidement rejeté, le commissaire européen De Gucht a réussi à ralentir la procédure d'un ou deux ans. En gardant à l'esprit des objectifs clairs, il est peut-être temps de penser aussi au-delà d'ACTA pour comprendre comment tenter collectivement de protéger nos libertés en ligne, en repensant un régime du droit d'auteur malade, en guerre contre l'Internet libre.

    ACTA est peut-être déjà mort

    Nous, citoyens, pouvons être fiers

    Lors de l'atelier public sur ACTA, la semaine dernière, en présence du commissaire Karel de Gucht et modéré par l'eurodéputé Vital Moreira, président de la commission INTA1, la tension manifeste l'a clairement démontré : le Parlement et la Commission ont désormais peur des citoyens et de la rue. Nous avons assisté pendant cet atelier à une parodie de débat, où les orateurs étaient soit des membres de la Commission, soit des universitaires, soit faisaient partie des rares pro-ACTA restant (dont l'administrateur d'un lobby pro-ACTA2 ! Aucun représentant des groupes d'auteurs, d'artistes ou de citoyens n'a été invité, malgré la demande de La Quadrature du Net d'y participer.


    Néanmoins, le professeur Michael Geist n'a pas été aussi modéré que ce à quoi ses hôtes s'attendaient sans doute. Son intervention acérée a méticuleusement démonté les principaux points qui font d'ACTA un accord totalement inacceptable et illégitime. Lorsque le public a vivement applaudi son analyse, le président Moreira s'est senti si mal à l'aise qu'il a menacé d'expulser quiconque « manifesterait », interdisant de fait d'applaudir dans une rencontre publique au Parlement européen. Le public s'est également vu interdire de laisser des documents à disposition des participants. La plupart des eurodéputés ayant posé des questions étaient opposés à ACTA, tout comme les rares membres du public (qui remplissait deux salles) ayant eu la chance d'arriver suffisamment tôt pour s'inscrire pour des questions, limitées chacune à une minute. Organiser des débats truqués tout en feignant d'écouter la société civile, alors qu'ACTA a déjà été signé, ne changera rien, ni pour Karel de Gucht, ni pour l'eurodéputé Vital Moreira qui tente désespérément de l'aider.
    « Si le vote avait lieu maintenant, ACTA serait rejeté » Cette phrase a été entendue de nombreuses fois, en privé, dans les couloirs du Parlement européen, par des députés, assistants et membres du personnel de tous les groupes politiques. Pour beaucoup au Parlement, c'est un fait : ACTA est devenu un tel problème politique, a suscité une telle indignation de la part de la société civile, divise tellement le groupe politique majoritaire – le PPE, conservateur –, et le texte final est si ambigu qu'ACTA n'aurait aucune chance s'il était mis au vote dans les prochains mois.

    Un enterrement de première classe pour ACTA

    La stratégie de De Gucht, Moreira et des derniers pro-ACTA pour repousser la défaite

    Face à l'opposition croissante contre ACTA, le commissaire De Gucht, en charge de l'accord, s'est senti obligé de demander l'avis de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) sur la compatibilité de cet « accord commercial » avec les traités de l'UE et les libertés fondamentales. Si la réponse à cette question avait réellement de l'importance à ses yeux, M. De Gucht l'aurait posée avant la signature d'ACTA, et non après. Sa motivation principale est évidemment de gagner du temps et de sauver la face.
    On ne sait pas encore si le Parlement européen se laissera prendre au piège de cette stratégie en suivant M. De Gucht. Les différents groupes politiques hésitent à s'engager aux cotés du nouveau rapporteur, David Martin, dans sa tentative d'amener le Parlement à adresser également une question à la Cour de Justice de l'UE. En pratique, les traités de l'UE définissent très précisément la seule question qui peut être posée3. Cette action n'aurait donc pour effet que de légitimer la stratégie de M. De Gucht et d'accepter de reporter la décision du Parlement après la décision de la Cour.
    David Martin, le rapporteur britannique de la commission commerce international (INTA) semble également prêter main forte au commissaire De Gucht en tentant de désamorcer l'opposition au sein du Parlement, et en s'assurant que celui-ci ne prenne pas de décision définitive. David Martin a annoncé qu'il souhaitait transformer le rapport du Parlement en un « rapport intermédiaire »4, tandis que les autres commissions travaillant sur ACTA continueront à se réunir et à élaborer leurs rapports pour avis sur lesquels ils voteront.
    Une telle initiative de la part du rapporteur aura évidemment pour effet de complètement neutraliser le rapport intermédiaire lorsqu'il sera finalisé (a priori d'ici six mois, date à laquelle se serait tenu le vote sur ACTA si la Commission n'avait pas décidé de saisir la CJUE). Le rapport pourrait ne se prononcer ni pour l'adoption, ni pour le rejet d'ACTA. Les pro-ACTA sauveraient alors les apparences en évitant que le Parlement ne s'engage fermement à rejeter le texte, et en repoussant à plus tard toute décision.
    La Cour pourrait prendre 12 à 24 mois pour rendre son avis sur ACTA. Le commissaire De Gucht préfère gagner du temps, et éviter de voir « son » ACTA rejeté au cours des prochains mois. Cette stratégie lui permettra de proposer à nouveau la ratification d'ACTA vers la fin de son mandat, ou même d'accepter un « enterrement de première classe » (l'accord ne serait jamais ratifié, ni clairement rejeté). Cependant, si ACTA devait de nouveau être soumis au vote, celui-ci pourrait avoir lieu peu avant les prochaines élections européennes, donnant aux citoyens une réelle occasion de peser sur la décision du Parlement.
    Il est par conséquent extrêmement important que nous, citoyens, influencions chacune des étapes du « rapport intermédiaire ». Les membres du Parlement européen qui ont exprimé leur opposition à ACTA devront s'assurer que ce rapport soit suffisamment fort et politiquement contraignant, en dépit de la stratégie de David Martin d'aider le Commissaire De Gucht à désamorcer le débat. Le rapport intermédiaire ne doit pas pouvoir être interprété autrement que comme un appel au rejet d'ACTA.
    Dans tous les cas, cette modification du calendrier oblige les citoyens à adapter leur stratégie s'ils veulent protéger efficacement leurs libertés en ligne, ainsi que l'Internet libre, contre les attaques des industries du copyright. Nous ne devons pas rester les bras croisés en attendant l'éventuel retour d'ACTA pour un vote final au Parlement Européen. Tout en travaillant à l'élaboration d'un rapport intermédiaire clair, fort et contraignant, nous devons garder à l'esprit qu'ACTA n'est que l'un des nombreux avatars de la « guerre contre le partage » que les industries du copyright ont engagée contre nous, le public.

    L'ennemi polymorphe

    Point stratégique pour les années à venir

    Ces 15 dernières années, la politique du droit d'auteur a été un échec cuisant parce qu'elle a refusé une évolution décisive : établir une distinction claire entre ce que les individus font sans intention de profit (notamment le partage d'œuvres numériques entre individus), et les infractions commerciales, avec but de profit, au droit d'auteur. Par conséquent, la politique du droit d'auteur s'est montrée faible et inefficace contre les infractions commerciales, et brutale envers les droits du public. Qui plus est, les ressources destinées à la création ont stagné, alors qu'elles auraient dû progresser parallèlement à l'explosion de la créativité dans l'environnement numérique. Un petit nombre d'intérêts privés nous a empêché de relever le défi de la culture numérique.
    Defeat ACTA!Un tel aveuglement fait écho à l'obstination du commissaire De Gucht et sa défense idéologique d'ACTA, qui relaie le lobbying de l'industrie du divertissement s'opposant à l'Internet libre. L'argument de base de M. De Gucht est que « copier un fichier sur Internet équivaut à un vol »5, ce qui est absurde, tant d'un point de vue technique que d'un point de vue juridique. Cela revient à dire que « multiplier équivaut à soustraire ».
    Il ne peut pas simplement s'agir ignorance ou d'incompétence de la part de M. De Gucht, qui est par ailleurs avocat. Dans une déclaration au sujet de la saisine de la CJUE, il a également déclaré que les libertés fondamentales protégées en Europe comprenaient « la liberté d'expression et d'information, la protection des données et le droit à la propriété dans le cas de la propriété intellectuelle ». Cela aussi est complètement faux6, trompeur et dangereux, comme cela a été rappelé par le Conseil économique et social des Nations unies7. Ses tentatives d'imposer en catimini l'idée que le droit d'auteur puisse être invoqué pour réduire la liberté d'expression ou au droit à la vie privée justifient à elles-seules la démission de M. De Gucht.
    Une telle obstination illustre la manière dont les lois répressives ont été constamment conçues et empilés, les unes après les autres durant les quinze dernières années8, sans en étudier suffisamment l'impact et en constante déconnexion des pratiques sociales et culturelles ou la technologie.
    À ce jour, ACTA est la tentative la plus impressionnante et dangereuse, car dès le départ, il a été conçu par les gouvernements pour contourner les processus démocratiques et les institutions internationales.De nombreuses autres initiatives sont en cours9 et devraient être considérées comme autant d'occasions pour les citoyens de s'exprimer. Au niveau européen, plusieurs débats cruciaux sont en cours :
    • La révision prochaine de la directive anti-partage IPRED est déjà planifiée par la Commission européenne comme une application répressive d'ACTA. Cette révision devrait au contraire être considérée comme une occasion de définir des frontières plus justes à l'application du droit d'auteur, en se concentrant sur les infractions à but lucratif10, et en protégeant les citoyens réalisant ou utilisant des copies sans but de profit.
    • Le plan d'action de la Commission européenne sur la directive services en ligne peut aussi être utilisé par les extrémistes du droit d'auteur pour transformer les acteurs de l'Internet en police et justice privées du copyright, les obligeant à contrôler et à censurer leurs réseaux11. La directive doit au contraire interdire toute procédure automatisée mise en œuvre par des acteurs privés qui pourrait avoir un impact sur la liberté d'expression, et apporter des sanctions effectives contre ceux qui abusent des demandes de retrait et autres mesures répressives.
    • Ces questions doivent faire l'objet d'un débat public et démocratique. Les élus doivent aller de l'avant en exigeant un nouveau régime du droit d'auteur qui soit plus juste, en légalisant des pratiques répandues réalisées sans but de profit – comme le partage de fichiers, le remix, le mash-up et autres modifications d'œuvres utilisées comme formes d'expression – par les exceptions au droit d'auteur12. Ceci pourrait être mis en place en modifiant la très controversée directive EUCD 2001/29, qui doit toujours faire l'objet d'une étude d'impact de la part de la Commission européenne, plus de dix ans après son adoption.
    Le droit d'auteur est malade, s'étend tel un cancer, met en danger nos libertés et l'Internet libre. Les eurodéputés commencent à comprendre à quel point nos préoccupations sont légitimes et importantes. Il en reste cependant encore beaucoup à convaincre, et tous doivent être soumis à la surveillance, voire à la pression citoyenne, jusqu'à ce que nos demandes légitimes soient prises en compte. La Commission européenne et les gouvernements doivent suivre.
    Nous avons une responsabilité historique, qui va au-delà d'ACTA et concerne notre façon de vivre, de travailler, d'apprendre, et de partager la culture. Collectivement, nous construisons, possédons et partageons l'Internet libre comme un bien commun, et l'utilisons pour tenter de rendre notre monde meilleur.
    Alors célébrons nos victoires à venir, tout en continuant à travailler dur pour les rendre inéluctables !


    • 1. INTA est la commission menant les travaux sur ACTA au Parlement
    • 2. Olivier Vrins est « également membre de la commission anti-contrefaçon de l'ECTA, de l'INTA et de l'AIPPI ». Traduction par nos soins. Source : http://conference.ecta.org/IMG/pdf/vrins_cv.pdf
    • 3. Voir art 218.11 du TFEU : http://euwiki.org/TFEU#Article_218
    • 4. Un rapport intermédiaire équivaut à une résolution. Voir la règle 81(3) du règlement du Parlement européen : « Lorsque l'approbation du Parlement est requise pour une proposition d'acte législatif ou pour un traité international envisagé, la commission compétente peut décider, en vue de favoriser une issue positive de la procédure, de présenter au Parlement un rapport intérimaire sur la proposition, qui contient une proposition de résolution comprenant des recommandations concernant la modification ou la mise en œuvre de l'acte proposé. » (emphase par nos soins). Source : http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+RULES-EP+20120110+RULE-081+DOC+XML+V0//FR&navigationBar=YES
    • 5. Voir son intervention lors du premier échange de vue de la commission INTA : « Il me semble probablement juste d'affirmer que chacun dans cette salle connaît quelqu'un qui, sans payer pour, a téléchargé une chanson, un album ou un épisode d'une série télévisée sur son ordinateur.

      Je ne peux pas, en toute conscience, tolérer cette action. Je sais que certaines personnes voient les choses différemment, en particulier les jeunes. Mais pour moi, il n'y a aucune différence morale entre prendre quelque chose qui ne vous appartient pas dans le monde physique et le faire dans le monde virtuel. À cause du partage illégal, certaines des personnes les plus créatives de notre société ne reçoivent pas l'argent qu'elles devraient recevoir, et sont démotivées.
       ». Source : http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=SPEECH/12/136&fo... (traduction par nos soins)
    • 6. Il est stipulé dans l'article 17.2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne que « La propriété intellectuelle est protégée. », mais cela n'en fait pas un droit fondamental en soi, équivalent à la liberté d'expression ou au droit à la vie privée.
    • 7. Pour le Conseil économique et social des Nations unies, les droits des auteurs relatifs à leur travail ne sont pas équivalent au droit à la propriété : « Il est par conséquent important de ne pas assimiler les droits de propriété intellectuelle avec le droit protégé dans l'article 15, paragraphe 1 (c) » du Pacte international relatif aux droits sociaux, économiques et culturels, qui protège « le droit de bénéficier de la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l'auteur ».
    • 8. Les accords TRIPS de l'OMC en 1994, le Traité sur le Copyright de l'OMPI en 1996, les tentatives répétées d'un « Broadcast Treaty », l'EUCD en 2001, l'IPRED en 2004, l'IPRED2 en 2005, Hadopi en 2007, les tentatives de dévoyer le Paquet Télécom européen en 2009 et SOPA/PIPA en 2011 pour n'en citer que quelques-unes.
    • 9. Le fait que SOPA et PIPA aient été remisées après les impressionnantes manifestations en ligne est en grande partie dû à l'approche des élections américaines, mais les deux lois pourraient être réexaminées par la suite. Le Trans-Pacific Partnership est un autre exemple.
    • 10. Concernant les infractions à but lucratif, comme dans tous les autres cas, les mesures répressives doivent être décidées par l'autorité judiciaire et non par des acteurs privés.
    • 11. Voir la réponse de La Quadrature du Net à la consultation de la Commission : http://www.laquadrature.net/fr/traduction-de-la-reponse-a-la-consultation-sur-la-directive-services-en-ligne
    • 12. « Les exceptions et limitations du droit d'auteur » protègent le droit du public en ce qui concerne l'utilisation d'œuvres protégées

    mercredi 22 février 2012

    « Semaine verte » : les eurodéputés sont en circonscription, demandez-leur de rejeter ACTA !

    Paris, le 21 février 2012 – Cette semaine, les députés du Parlement européen seront de retour en circonscription pour rencontrer leurs électeurs. C'est une occasion importante pour les citoyens de l'UE d'entrer en contact avec leur élus, et de leur rappeler le danger que représenterait la ratification de l'ACTA. La semaine prochaine, à Bruxelles, des réunions déterminantes pour l'avenir d'ACTA auront lieu dans les commissions du Parlement européen.

    Cette semaine est une « semaine verte », durant laquelle les eurodéputés sont libérés de leurs activités bruxelloises et retournent dans leurs circonscriptions. Il s'agit d'une occasion unique pour les citoyens de rencontrer leurs représentants, de les informer des dangers d'ACTA, et leur demander de s'engager publiquement à le rejeter. Jusqu'à présent, les eurodéputés ont été soumis à un lobbying intense de la part des industries du divertissement et de la Commission européenne1, et il est temps pour eux de discuter avec leurs électeurs et de prendre une position publique ferme sur le sujet.


    Cette « semaine verte » tombe à point nommé, alors que le 25 février, les citoyens de toute l'Europe manifesteront à nouveau contre ACTA pour exiger son rejet. La semaine prochaine, pluseurs réunions sont prévues dans les différentes commissions du Parlement européen travaillant sur ACTA (INTA, ITRE and DEVE) pour des « échanges de vues », en amont d'un atelier prévu le 1er mars2. Lors de ces réunions, des décisions importantes seront prises concernant la procédure relative à ACTA. Il est donc crucial que les députés européens soient conscients des nombreux problèmes politiques3 posés par ce prétendu « accord commercial ».


    Comment agir contre ACTA



    • Pour contactez vos eurodéputés au sujet d'ACTA, en particulier ceux des commissions INTA, ITRE, LIBE, DEVE et JURI.

    • Informez vos eurodéputés des critiques exprimées contre ACTA, tant de la part du protecteur européen des données personnelles, que du Comité économique et social européen, de 70 universitaires européens, et d'autres encore.

    • Rappelez à vos eurodéputés les faits concernant ACTA, afin de contrer les mensonges de la Commission européenne.

    • Demandez à vos eurodéputés un engagement et une prise de position publique en faveur du rejet de l'ACTA, et renseignez la section correspondante (« public position ») dans leur page sur Mémoire Politique.




    lundi 20 février 2012

    Les gens honnêtes résistent à leur fichier

    Le gouvernement fait tout pour que soit adoptée, avant la présidentielle, la très controversée proposition de loi sur la protection de l’identité.


    Déposée en juillet 2010, ce projet vise à ficher l’état civil, ainsi que les empreintes digitales et photographies numérisées de l’ensemble des titulaires d’une carte d’identité. A terme, ce sont quelques 60 millions de “gens honnêtes”, pour reprendre le terme utilisé par un sénateur pour qualifier ce fichier censé lutter contre l’usurpation d’identité, qui pourraient être concernées.


    Ce mardi 21 février au Sénat, le projet de loi sera examiné en quatrième lecture. Profitant de la présence de Michel Mercier, garde des Sceaux, les sénateurs de l’opposition se sont lâchés :


    Un réel danger, une véritable bombe atomique. (Virginie Klès, PS)


    Une atteinte disproportionnée aux libertés fondamentales. (Eliana Assassi, PC)


    N’attendons pas qu’éclatent de grands scandales. Essayons d’agir vite. Notre responsabilité est d’alerter en amont. Notre devoir de législateur est d’anticiper et non de subir ! (Jacques Mézard, RDSE)


    N’êtes-vous pas censé défendre la justice et les libertés ? Quand le Gouvernement auquel vous appartenez reconnaîtra-t-il enfin par son action que le libéralisme économique et l’impératif sécuritaire ne sont en aucun cas plus légitimes que le droit à la protection de la vie privée ? C’est d’ailleurs d’autant plus vrai que les gouvernants instrumentalisent bien souvent l’insécurité pour justifier des mesures attentatoires aux libertés fondamentales. (Leila Aïchi, écologiste)


    “Bombe à retardement pour les libertés publiques”



    Au-delà des petites phrases et des questions de principe, la palme de la saillie la plus circonstanciée émane probablement de François Pillet, sénateur du Cher apparenté UMP. Ce vice-président de la commission des lois du Sénat connaît d’autant mieux le sujet que, rapporteur de la proposition de loi, il y a consacré pas moins de trois rapports parlementaires. François Pillet est également celui qui a auditionné les 14 représentants du Gixel, ce lobby des industriels des cartes à puce et de la biométrie qui lui ont expliqué que l’adoption du projet leur permettrait de gagner des contrats à l’étranger.


    François Pillet n’est aucunement opposé au fait de ficher les “honnêtes gens“, mais à la possibilité d’exploitation policière de ce fichier administratif, qu’il avait qualifié, dans son second rapport parlementaire de “bombe à retardement pour les libertés publiques“.


    Pour rassurer les sénateurs et se conformer à l’avis de la Cnil, Claude Guéant et les députés UMP avaient accepté de limiter l’exploitation policière de ce fichier aux seules infractions relatives à l’usurpation d’identité. François Pillet n’est pourtant pas rassuré. Pour lui, “le dispositif proposé (…) ouvre la voie à d’autres empiètements, à l’avenir, afin d’étendre peu à peu le périmètre de l’utilisation du fichier central biométrique de la population française“. Lors de l’examen du texte en commission des lois, le sénateur enfonce le clou :


    Ce texte n’apaise pas nos inquiétudes mais, bien au contraire, en suscite de nouvelles. Tout d’abord, il serait possible de recourir au fichier dans le cadre d’enquêtes sur des infractions dont le lien avec l’usurpation d’identité est ténu, voire inexistant : délit de révélation de l’identité d’un agent des services spécialisés de renseignement, faux en écritures publiques, même lorsque celles-ci ne portent pas sur l’identité d’une personne, escroquerie, même lorsque l’escroc ne se dissimule pas sous une fausse identité.


    Au cours de son examen à l’Assemblée, le 1er février dernier, le député Serge Blisko (apparenté socialiste) s’était lui aussi étonné de cette extension du nombre de délits permettant aux policiers de consulter le fichier biométrique :


    Est-il utile de consulter un fichier biométrique comportant des renseignements intimes sur plusieurs dizaines de millions de personnes pour des délits mineurs tels que le franchissement illicite d’un portillon dans le métro ou le déplacement sans titre de transport ? C’est en effet ce que cela signifie. Je veux bien croire que, pour certains, sauter le portillon dans le métro doit être puni d’une peine très lourde. Mais faut-il pour autant recourir à un fichier biométrique ? Nous craignons une telle dérive. Il est encore temps de revenir à la raison, de ne pas faire en France ce qui n’existe dans aucun pays démocratique d’Europe et de mettre à l’abri nos concitoyens d’aujourd’hui et de demain de ce monde “orwellien” – permettez-moi cette expression – de fichage généralisé.


    Le FNAEG, créé pour ficher les empreintes génétiques des criminels sexuels, a ainsi depuis été élargi aux simples “suspects” de la quasi-totalité des crimes et délits. Aujourd’hui, près de 70% des gens qui y sont fichés n’ont jamais été condamnés pour ce qui leur a valu d’être fiché. De même, rien n’empêchera d’élargir le fichier des “gens honnêtes” à de nombreux autres usages.


    “Hors de tout contrôle judiciaire”



    Dans le troisième rapport [PDF] qu’il a consacré à la question, François Pillet déplore qu’”en outre, l’accès à la base serait possible en dehors des procédures prévues [dans la mesure où] l’accès aux données de la base centrale en dehors des procédures prévues fait basculer d’une logique de vérification d’une identité sur laquelle pèse des soupçons, à une logique d’identification dans le cadre d’une recherche criminelle“.


    De plus, “les services spécialisés – notamment ceux qui sont chargés de la lutte contre le terrorisme – pourraient y avoir accès hors de tout contrôle judiciaire, puisque le texte ne l’exclut pas“. Pour lui, la possibilité d’utiliser ce fichier administratif à des fins policières pourrait être déclarée anticonstitutionnelle :


    Qu’il s’agisse de l’accès au fichier dans les cas non prévus par le texte ou de celui de l’accès ouvert aux services chargés de la lutte contre le terrorisme, les garanties prévues par l’Assemblée nationale paraissent ainsi incomplètes ou insuffisamment précises.

    Une telle imprécision pose inévitablement la question de la constitutionnalité du dispositif, alors qu’il appartient au législateur de définir avec précision les garanties légales nécessaire à l’exercice ou la protection des libertés publiques.


    Et le sénateur de s’interroger sur la “levée de l’interdiction des procédés de reconnaissance faciale“. Claude Guéant, tout comme les industriels auditionnés à l’Assemblée, avaient précisément évoqué la possibilité, à terme, d’exploiter les systèmes de reconnaissance biométrique faciale afin d’identifier des individus filmés par des caméras de vidéosurveillance.


    Or, et dans la mesure où les députés “n’ont apporté aucune précision sur les autres utilisations qui pourraient être faites de la base, par exemple, dans le cadre d’une consultation judiciaire opérée sur le fondement des articles 60-1, 60-2 et 99-3 et 99-4 du code de procédure pénale” (qui portent sur les perquisitions et saisies de données informatiques), François Pillet dénonce également ce détournement de finalité du “fichier des gens honnêtes” :


    Dans le silence de la loi, devra-t-on considérer qu’un juge d’instruction pourrait demander à ce qu’une personne, dont le visage a été enregistré par une caméra de surveillance soit identifiée à partir des images numérisées dans le fichier central biométrique, ce qui reviendrait à valider ponctuellement des dispositifs de reconnaissance faciale ?


    Pas d’équivalent depuis Vichy


    François Pillet rappelle enfin le “refus, très majoritaire en Europe, des fichiers biométriques de population” :


    L’Allemagne s’y refuse, invoquant explicitement son passé, ainsi que le Royaume-Uni et la Belgique, pourtant très avancée dans la mise en place de cartes d’identité électroniques. Le ministre de l’intérieur des Pays-Bas a annoncé en avril que les 6 millions d’empreintes digitales recueillies pour l’établissement de passeports biométriques seraient effacées.



    Ce 21 février, le Sénat refusera très probablement d’adopter la proposition de loi telle que Claude Guéant l’a reformulée à l’Assemblée qui, sauf coup de théâtre, devrait l’adopter d’ici la présidentielle. En tout état de cause, François Pillet restera dans les annales comme celui qui, le 31 mai dernier, inventa l’expression de “fichier des gens honnêtes” pour qualifier ce projet, sans équivalent depuis la carte d’identité de Vichy.


    En novembre dernier, le site web du groupe UMP du Sénat publiait un communiqué intitulé François Pillet veut “un fichier des gens honnêtes” qui, paradoxalement, expliquait pourquoi il ne veut pas de ce fichier :


    Démocrates soucieux des droits protégeant les libertés publiques, nous ne pouvons pas laisser derrière nous un fichier que, dans l’avenir, d’autres pourront transformer en outil dangereux et liberticide.

    Que pourraient alors dire les victimes en nous visant ? Ils avaient identifié les risques et ils ne nous en ont pas protégé. Monsieur le ministre, je ne veux pas qu’à ce fichier, ils puissent alors donner un nom, le vôtre, le mien ou le nôtre.




    Illustration par Truthout.org (CC-byncsa)