Personne ne pourra l'éviter : si par malheur il vous arrive de remettre en cause le système politique qui a le monopole actuellement dans nos pays développés, et que vous poussez l'argumentation jusqu'à prétendre que voter revient à légitimer le système en place, une foudre vous tombera dessus.
"Comment peux-tu rejeter ce droit pour lequel des personnes se sont battues ?!"
L'immense majorité des "citoyens" pensent que notre système politique est le fruit d'une mûre réflexion, et surtout, la plupart des citoyens pensent qu'il a été créé pour le bien commun.
Ils ont à moitié tort. Les systèmes politiques actuels, que nous nommerons dorénavant "oligarchies déguisées", car ils poussent la majorité à conférer les pouvoirs dans les mains d'une minorité, sans contrôle, tout en faisant croire qu'ils sont démocratiques, ont été savamment réfléchis. Mais ils n'ont pas été réfléchis pour le bien commun. Au cours du 18ème siècle de multiples facteurs ont mis en avant une volonté de progrès dans plusieurs parties du monde. Le progrès est synonyme de liberté. Seulement voilà, les révolutions qui ont abouties à la chute de systèmes politiques monarchiques (ou oligarchiques, sans la participation des citoyens à choisir les membres de l'oligarchie) ont été menées ou récupérées, comme c'est très souvent le cas, par un petit nombre de personnes, plus puissantes( économiquement ou politiquement) ou plus libre de s'investir. Les constitutions des nouveaux systèmes politiques ont été créées par des personnes qui avaient des intérêts particuliers (économiques). Ainsi il a fallu réfléchir à une manière de contenter la population avide de liberté tout en s'assurant de la continuité des privilèges économiques et politiques. La "démocratie représentative" est ce qu'il leur fallait.
La "démocratie représentative" est une expression qui est apparue au cours du 19ème siècle. Lors de la mise en place des oligarchies légitimées par une participation minimale des citoyens, personne ne parlait de démocratie, puisque ceux qui s'intéressaient à l'étude des systèmes politiques savaient la différence fondamentale entre ces nouveaux régimes et la démocratie véritable à l'image de la démocratie athénienne. C'est avec la sortie du livre "De la démocratie en Amérique", en 1835 par Alexis de Tocqueville qu'on assimile les "oligarchies déguisées" à la démocratie. Un gros problème qui n'arrange pas les choses : on nomme dorénavant la défaillance (oligarchie déguisée) par son contraire et par la solution : la démocratie. De fait, la plupart des gens pensent que nous vivons en démocratie.
(...) - Tribune Libre
